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Le hold up de Bolloré sur le H2B2

Jean Paul Nenkam Kamga, inventeur du Harbour Handling with big bags en abrégé H2B2, comparaitra pour la première fois le 26 novembre prochain devant le tribunal de grande instance de Douala, statuant en matière commerciale. Il y est cité à la requête de la société Bolloré Africa logistics Cameroun S.a pour "assignation en annulation de brevet". La branche camerounaise du groupe du puissant homme d’affaires français Vincent Bolloré indique dans l’assignation qu’a servi l’huissier de justice Me Ngo Hiag Fidèle que Jean-Paul Nenkam Kamga "ne saurait se prévaloir d’être l’inventeur du Big bigs"qui pour lui, existe déjà. Le groupe Bolloré indique "que pattes et palonniers au port de Douala ont toujours permis à la société Bolloré Africa Logiostics Cameroun S.a de charger, décharger les marchandises, ou alors d’effectuer divers travaux de part du navire ou de l’engin". La branche du groupe Bolloré du Cameroun va plus loin en indiquant " que l’invention brevetée n’apporte rien de nouveau en l’état de la technique, l’antériorité dont se prévaut Bolloré étant certaine, le public parmi lesquels les défendeurs, y ont accès".

Jean Paul Nenkam Kamga lors d’une conférence de presse qu’il a donné à Douala la semaine dernière, reconnait que les grands sacs appelés par les acconiers big bags ont toujours existé ainsi que le palonnier. Ce qu’il revendique en revanche, se décline plutôt en "process" car, avant le H2B2 system, le rendement à partir des mécanismes traditionnels tels que les palettes  utilisées aussi bien par Bolloré que par 2M ne produisait pas les résultats que donne l’usage de ce nouvel outil de chargement et de déchargement des navires. Or, il se trouve selon les documents auxquels le reporter d’Emergence a eu accès, qu’avec les palettes, la cadence de dé/chargement d’un navire au port se faisait à hauteur de 1 700 tonnes par jour contre 3.200 tonnes pour la même période avec le système de big bags. Les mêmes documents indiquent que la sacherie utilise environ 60% de la main d’œuvre dockers. Avec le big bags qui est présenté/reconnu par tous les acconiers comme un outil novateur dans le système de la manutention portuaire, son inventeur espère faire des rentrées de plus de 4 milliards Fcfa par an sur les prochaines années et dont une bonne partie au trésor public. Ses avantages sont nombreux car, le H2B2 permet de réduit à presque 0% le taux des avaries. De même H2B2 permet une "réduction significative du séjour à quai des navires et partant entraîne une augmentation de la capacité de transport des amateurs et une importante réduction du coût de l’escale. Autant d’avantages que l’inventeur dit ne pas encore jouit et dont "Bolloré et 2M utilisent en contrefaçons malgré les multiples sommations".

Dans cette affaire que l’on assimile désormais à une sorte de hold-up, l’esprit achoppe sur deux points. Le premier c’est que selon l’inventeur Jean Paul Nenkam Kamga, le n°2 de la branche camerounaise du groupe Bolloré avait entamé les négociations en vue d’obtenir la licence pour l’usage légal du H2B2. Les négociations n’ayant pas abouti à leur terme parce que le négociant proposerait "4 fois moins" que le montant avancé par l’inventeur, le premier a opté pour une annulation du brevet n°14130 délivré le 30 décembre 2008 par le directeur général de l’organisation africaine de la propriété intellectuelle (Oapi). L’autre point d’achoppement et non des moindres restes sans nul doute la transgression à ciel ouvert des injonctions des institutions judiciaires. Les multiples sommations telles que l’"iterative sommation de cesser la spoliation et l’exploitation illégale du système H2B2" servie en octobre 2013par Me Happi Julienne, l’ordonnance 520 du 05 mai 2012 de la présidente du tribunal de première instance de Douala Bonanjo ne font pas plier ceux que l’inventeur appelle "les contrefacteurs des œuvres de l’esprit".

Paul-Joël Kamtchang

Encadré

Connaitre l’outil querellé

Selon Jean Paul Nenkam Kamga, le H2B2 system est un nouveau procédé de manutention. Il est une idée qui apporte une solution à un problème technique : chargement et déchargement rapide, sans avaries à la marchandise, sans risques pour les bateaux, meilleure gestion des aires d’entreposages portuaires. Cette solution s’étend aussi à la livraison à domicile et à l’approche à quai et aux autres modes de transport terrestre.

Le H2B2 est une œuvre de l’esprit qui plus est, protégé par un brevet délivré par l’Oapi, est présenté par les "usagers" comme un outil qui "change la manutention". Il nait du souci de l’adéquation temps/quantité. Ses réalisations le prouvent d’ailleurs à suffire car, que ce soit lors de la manutention ou du transport par camion, les quantités sont énormes. Opérant pour le moment au Port autonome de Douala (Pad), avec l’évolution des technologies, il répond aux nombres défis que charrie le secteur portuaire. Avant la guéguerre qui a cours, les ports des cotes ouest-africaines avaient déjà fait la demande pour accroitre les performances de la manutention sur leur place portuaire. L’inventeur devrait encore attendre, le temps que la justice tranche le différend. Mais, en attendant, les entreprises utilisatrices témoignent du fait que le H2B2 permet la maitrise des couts d’exploitation pour plus de compétitivité. Aussi, elles assurent "une protection maximale des marchandises qui lui sont confiées, et à réduire la pénibilité de la tache des dockers".

Selon l’auteur légal du H2B2, il s’avère à l’exercice que le system ainsi querellé permet désormais de dissocier la manutention bord de la manutention terre. Il permet de réaliser des cadences élevées même quand il y a pénurie de main-d’œuvre. Un exercice prouve qu’avec le système de palette, pour extraire 2 000 tonnes de marchandises, il faut 12 jours. Pourtant, avec le H2B2 system, 3 500 tonnes se déchargent d’un navire en 6 jours seulement. Autant l’extraction terre comme mer permet l’employabilité d’une rapidité à nulle autre pareille, autant les avaries sont fortement limitées, tout le transport peut se faire à l’abri des intempéries. Une véritable révolution à en croire les autorités portuaires qui au cours d’une réunion dont Emergence a eu copie, suggéraient que le mécanisme soit utilisé sur toute la place portuaire de Douala.

PJK

première parution le 04 novembre 2013 dans le Journal Emergence

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