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Douala: Des jeunes cadres Bulu inquiets de l’après Biya

Douala: Des jeunes cadres Bulu inquiets de l’après BiyaCertains fonctionnaires qui conscients de leur proximité tribale avec Paul Biya s'offusquent déjà. Dans le Littoral où ils sont très minoritaires, l’après Biya ne leur inspire pas confiance. Certains, cadres depuis 10 ans, d'autres depuis 15 ans disent ne pas comprendre pourquoi ils ne bénéficient pas de promotion pour consolider leur position dans l’administration après le départ de l’actuel chef d’Etat. "Toujours au même posté depuis la sortie de l'école, je ne comprends pas" indique un contrôleur principal des impôts qui a requis l'anonymat.

D'autre vont jusqu'à s'interroger sur l'héritage que leur laissera Biya après son magistère. " C’est déjà la fin de règne, Biya va partir bientôt, si nous ne nous faisons pas de place au soleil, nous aurons beaucoup de problèmes après" confie un jeune fonctionnaire originaire de Mvog-meka. Sachant qu'ils font partie des ethnies minoritaires, ils croient devoir subir des frustrations. Bon nombre souhaitent que le pouvoir ne rentre pas au Nord-Cameroun. Cependant, restent très peu diserts sur l'itinéraire que devrait emprunter les lendemains de l’actuel locataire d’Etoudi.

Et comme si ça ne suffit pas, les plus jeunes accusent les plus anciens de leur faire ombrage. "Chez nous, des qu'un jeune veut lever la tête, on la coupe" fulmine sous cap un enseignant d’une école de Douala rencontré entre deux cours. "Les plus anciens veulent tout contrôler, ils sont prêts à abattre toute initiative révolutionnaire ou novatrice. C’est ainsi donc que nous autres n'aurons pas la chance d'avoir une place au soleil comme ces vieux qui ne veulent pas céder leur place aux autres" continue t-il. Ces ressortissants du Dja et Lobo appelés "Djalobiens" résidents à Douala et ses environs estiment pour la majorité être victime de leurs aînés qui n’ont pas prit la pleine mesure des choses. Ils disent que ceux-ci n’ont pas vu le temps passer si vite.  "Le premier camerounais à voulu donné des opportunités à tous en chaîne" confie la tête de proue de la plate-forme est cours de construction en vue de servir de pression. "Les proches de Biya devraient commencer par leurs propres jeunes avant de s’occuper des autres" pense t-il. Avant de poursuivre, "les premières victimes du décret sont ceux qui sont autour du nommé". 

Pour ne pas se voir rattraper par le temps, ces jeunes cadres, hommes d’affaires et même chômeurs résidents à Douala et ses environs pensent déjà à la création d'une plateforme d’échange et de pression en vue de trouver les voies et moyens pour prendre "notre destin en main". La plateforme va travailler de façon groupée autour d'une idée, que les jeunes du Dja et Lobo puissent s'affirmer, se prendre en charge et se départir de la mendicité. "Nous allons commencer par identifier les djalobiens de Dla, leur faire prendre conscience de la pauvreté dans laquelle ils vivent" indique le meneur du groupe qui souhaite garder l’anonymat jusqu’à la mise à publique des activités du mouvement. Au sujet de leurs attentes actuelles, "nous n'attendons rien du pouvoir central, nous voulons appeler nos aînés à prendre conscience de notre situation, le Dja et Lobo à des diplômés. Ailleurs, les jeunes cadres sont suivis, les chômeurs aussi alors que chez nous, ce sont les individualités" dit-il dans un ton colérique. "On ne peut pas leur dire d'aller au village parce que là-bas, c est encore très dur" conclut le futur président de la plateforme. Pour ces jeunes qui atteignent déjà le nombre de 400 à travers la région du Littoral, ils espèrent faire monter la pression parce que pensent-ils " Nous devons être les premiers bénéficiaires de ce régime parce que nous jouissons de la proximité avec le pouvoir central". Si les comparaisons avec "Bana ou Bangangté" ne sont pas de nature à leur donner le sourire lorsqu’ils pensent de leur département, "il n y a nulle part dans le Dja et Lobo qui ressemble à ces villes de l'Ouest" soutiennent-ils presqu’en chœur.

Paul-Joël Kamtchang

Décryptage

Pr.  Sindjoun Pokam, polémologue

"On assiste plutôt à un bricolage institutionnel pour asseoir le pouvoir clanique"

Les jeunes fonctionnaires ressortissants du Dja et Lobo résidents à Douala sont inquiets pour la plupart de leur avenir après le départ de Paul Biya. Est-ce une peur légitime?

Il faut préciser d’entrée de jeu que nos ancêtres n’étaient pas de camerounais car le Cameroun est une figure politique qui n’a pas 130 ans. C’est au terme des traités instituant la SDN, l’ONU que le Cameroun s’est constitué comme  un Etat. De plus, il faut penser en citoyen et non en termes d’origine » pour comprendre ce qui va être dit plus bas. Est-ce une partie des camerounais ou les camerounais dans leur ensemble. Ils doivent être inquiets parce que les différents pouvoirs qui ont géré le Cameroun (anglais, français, allemand) n’ont jamais donné au camerounais l’occasion en tant que nouvelle figure politique de s’assumer et de définir son destin politique. On assiste plutôt à un bricolage institutionnel pour asseoir le pouvoir clanique qui est entré aujourd’hui dans une compétition fratricide pour conduire l’Etat camerounais corrompu et en décomposition. Il faut revenir sur l’histoire du Cameroun, pour cela, il faut le lire à partir de la constitution de 1996 où les juristes et les intellectuelle organiques ont crée le concept idéologique allogène/autochtone au lieu de consacrer la figure suprême et normative du citoyen. Ce sont des notions que l’on manipule. On leur a fait croire que celui qui est à la tête de ce pays défend la communauté ethnique d’où ils viennent. Il ne représente nullement ces  gens là. L’ouvrage « Le pays organisateur »  d’Ateba Eyené est là pour le prouver. Ils ont sacrifié les intérêts des communautés au profit d’une bureaucratie qu’il (le Président de la République-ndlr) a fabriqué lui-même. 

Certains d'entre eux estiment qu'en raison de leur proximité tribalo-ethnique, ils devraient bénéficier des positions enviables dans les hautes sphères de l'administration. Ont-ils raisons?

Pas du tout. Ils doivent poser des questions liées à leur existence, non en tant qu’allogène/autochtone, non en tant qu’originaire de la même communauté que le président de la république, mais en tant que citoyen d’un corps politique à caution ; et surtout que c’est une question sur l’acte que chacun prend individuellement de cet évènement majeur qu’a été pour le peuple camerounais la conférence nationale souveraine (Cns) des années 1990-92. Ont-ils été le sujet actif de cet évènement qui entendait créer un nouveau corps de citoyen ? 

Que risquent les Bulu après le départ de M. Biya du pouvoir?

Rien du tout. Ceux et celles qui ont été les acteurs de cet évènement, et qui croient que l’évènement à un bel avenir ne doivent nullement avoir peur du départ de M. Biya.

Propos recueillis par Hervé Bertrand Ndombong et PJK

 

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