La situation qui met en orbite la formation politique la plus organisée au Cameroun de l'heure, offre une belle ouverture sur la place du militant dans le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc). Le choix des investitures au Rdpc au lieu des primaires, laisse entrevoir une volonté manifeste de Paul Biya ci-devant président national du Rdpc, de jeter son dévolu sur une catégorie de militants. Au regard des listes tenues secrètes et qui n’ont été rendues publiques que par Election Cameroon (Elecam) l'organe en charge du processus électoral, les grincements de dents disent tout. Pour cause, autant il est vrai que les différentes listes ont fait un tour à la présidence de la République avant de revenir au siège du parti sis au Palais des Congrès, autant il faut reconnaître que les noms y figurant ont reçu l'onction du président national du parti. Selon les indiscrétions et les listes dont nous avons à pu voir le contenu, la plupart ne sont pas reconnus par les militants de base, ne constituent non plus un véritable encrage sociologue à en croire les plaintes y relatives. Lorsque les concernés ne résident pas dans les communes ou les circonscriptions électorales sollicitées, ils n'y reviennent que pour des raisons ponctuelles et électoralistes. Si la plupart des responsables du partis du flambeau que nous avons contacté ne maitrisent pas le nombre de militants de leur parti, la majorité des hommes influents lorsqu'ils ne sont pas de la bureaucratie bourgeoise sont ce qu’un certain langage camerounais appelle "hommes d’affaires". Ces hommes aux activités méconnues et douteuses selon un certain militant qui a requis l’anonymat, prennent, lorsque l’argent ne suffit pas, par force des postes tant au comité central du parti que dans les comités de base du parti. Une fois les élections annoncées, viennent dans leur base arrière au nom du comité central "qui les soutiendrait" devenir maire, député "au forceps".
Une marque Biya…
Si la ruée des hommes d’affaires dans la course vers les communes et la députation est légitime, force est de reconnaitre que la finalité est battue en brèche par les potentiels bénéficiaires. Cette ruée d’une catégorie de militants qui disent recevoir leur soutien du sommet de l’Etat, est tributaire de l’impunité qu’a vécu notre pays jusqu’à l’arrivée de l’opération épervier depuis 2006. Davantage, Biya est soupçonné par certains spécialistes d’être l’instigateur de cette marque de fabrique : "Ces hommes d’affaires qui prennent en otage la gouvernance locale et les maigres richesses que génèrent les populations". Cette tendance est d’autant vraie qu’une certaine langue situe la montée de ce hold-up avec les premières élections multipartistes au Cameroun en 1991 et celles qui ont suivie au cours des différentes échéances électorales. Dès lors, certains "businessmen", ont fait des communes à la tête desquelles ils trônent, leur propreté privée allant jusqu’ obtenir "le titre foncier". La situation est observable dans toutes les régions du pays. Si très peu d’entre eux apportent un développement certain pour leur localité, d’autres brillent par l’absence de résultat patents lorsqu’ils n’ont pas une ascendance dictatoriales sur les habitants et même sur les autorités administratives. Toujours est-il que leur entrée dans la gestion des affaires locales est de plus en plus décriée par les populations. Celles-ci estiment que les mairies et la députation doivent leur revenir parce qu’elles vivent mieux que quiconque les réalités de leur contrée. Et qu’à contrario, cette catégorie d’hommes pouvoiristes vivant dans les grandes métropoles, ignorent les réalités du terrain. D’où cette prière des populations d’aller lorgner ailleurs. Une position qui ne semble pas émouvoir les incriminés dont les desseins les plus inavoués seraient de l’ordre du malsain.
Regards croisés
"Ces hommes d’affaires ne peuvent pas changer le destin local "
Dr Ahmadou Séhou, enseignant-chercheur et Auteur de l’ouvrage Cameroun, l’opposition en panne : autopsie critique et propositions de relance.
On serait tenté de n’y voir que de l’opportunisme et une certaine volonté de courir derrière les honneurs, la reconnaissance ou la notoriété. Vous êtes sans ignorer que les positions politiques exposent à une plus grande visibilité sociale que l’argent seul ne suffit pas à donner. Pour certains de ces « hommes d’affaires », ce sont également des positions et des possibilités de conforter leur fortune en leur ouvrant d’autres sphères de relations ou d’amitiés, en leur permettant d’accéder aux cercles de pouvoir, de clientèle politique et de partage de gros marchés publics. La recherche des titres et des immunités permet d’ouvrir bien de portes, de conforter son aisance matérielle ou de se mettre à l’abri des pressions fiscales, en disposant de plus grandes possibilités de négociation ou de dissuasion. C’est un partenariat gagnant-gagnant entre l’opérateur économique et le parti ! Pendant que l’un met sa fortune à l’abri des tracasseries, l’autre en tire des financements à bon compte ; les seuls gros perdants sont l’Etat dont les caisses risquent d’être délestées de rentrées fiscales subséquentes et les populations qui se retrouvent sous la botte de pseudo-élus qui se fichent pas mal de leur bien-être ou de leurs difficultés quotidiennes.
Pas du tout ! Au contraire, elle crédite la thèse qui voudrait que c’est l’argent qui permet d’accéder aux mandats électifs ou aux fonctions les plus éminentes de l’Etat et non la compétence ou le militantisme. C’est le règne du clientélisme et de la ploutocratie. Ce qui est de nature à décourager le militantisme et les adhésions politiques basées sur la conviction, l’engagement citoyen et la volonté de se mettre au service de l’intérêt général. Le mal est plus profond qu’on le pense ! Il est la résultante d’un certain opportunisme prébendier et peu scrupuleux conjugué à une entreprise généralisée de dépolitisation savamment actionnée. Les partis n’ayant pas investi dans le recrutement et la formation des cadres capables de porter leurs projets lors des consultations électorales et ensuite de les traduire en actions concrètes, ils se rabattent sur les solutions de facilité ! Là où les vrais militants parlent d’engagement et de projets ou cherchent à convaincre les citoyens, les hommes d’affaires mettent en avant leur fortune personnelle, s’achètent des obligés, se constituent une clientèle et se comportent en patrons. En tant que parti dominant, le Rdpc offre le plus mauvais exemple ! Il a sacrifié le recrutement et la formation de ses cadres à tous les niveaux et depuis bien longtemps, pour se contenter de ramasser le tout venant dans la bureaucratie administrative et l’élite économico-financière, par le biais de la cooptation ou de la nomination, et ceci jusque dans son secrétariat général et son bureau politique. On n’est pas du tout étonné que le pays se porte si mal et que le Président de la République en soit toujours à constater les dérives managériales de ses camarades dans ses discours!
Dans un système politique qui se veut démocratique et civilisé, chacun joue son rôle sans chercher à tout prendre à son seul compte. Les hommes d’affaires peuvent soutenir les partis et les hommes politiques sans nécessairement vouloir prendre leur place ou s’y substituer. Ils ont le devoir d’accompagnement et de soutien, en vue d’atteindre l’épanouissement général. Ils peuvent créer des fondations ou financer des organisations de bienfaisance au bénéfice de la communauté. En s’occupant pleinement de leurs affaires, ils sont plus utiles au pays. Ils peuvent se faire élire dans leurs corporations ou animer les chambres consulaires. L’élaboration et le vote des lois au parlement nécessitent d’autres compétences. La gestion quotidienne des municipalités également. Ce n’est pas évident que nos hommes d’affaires qui se retrouvent dans l’arène politique aient le profil de l’emploi, surtout dans nos pays où tout est à créer ou à inventer et généralement dans l’urgence. Il y a toute une culture et des traditions à mettre en place dans la gestion de l’intérêt collectif. Ces hommes d’affaires ne peuvent pas changer le destin local ou développer leurs communautés par leurs propres moyens, si tant est-il que ce soit le but proclamé ou recherché. Toutes leurs fortunes n’y suffiraient pas même s’ils en avaient la volonté ! Quelques uns s’y sont essayés et au bilan je ne suis pas sûr que les populations en soient pleinement satisfaites. La République a ses règles de fonctionnement qui interpellent toute la communauté nationale. Si nous voulons être utiles à notre pays, il faudrait très vite revenir à l’orthodoxie
"Etre à la fois, homme d’affaires et homme politique est à l’évidence, un mélange de genre fâcheux"
Dr Mathieu MBARGA-ABEGA, journaliste politique, écrivain et modernisateur
A ma connaissance, le cumule des mandats aussi bien dans la société privée qu’en politique n’est pas interdit au Cameroun en 2013, par conséquent, chaque Camerounaise et chaque Camerounais qui remplie les conditions fixées par les lois du pays, a le droit de se présenter aux élections municipales, législatives voire présidentielles. Quant à la ruée, comme vous le dites des hommes d’affaires Camerounais à ces élections municipales et législations, si celle-ci se confirme dans les faits, elle démontrera l’ambition de ces derniers de participer pleinement, dans le meilleur des cas, à la construction du Cameroun en général et en particulier des communes du pays qui en ont réellement besoins. Cependant, je ne suis pas très optimiste non pas par l’entrée massive des hommes d’affaires Camerounais en politique, mais, par les résultats de leurs futures réalisations sur le terrain. Tout Camerounais informé, est au courant que seule une minorité d’hommes d’affaires qualifiée au Cameroun parvient avec succès à dirigée leur entreprise. Mais, l’immense majorité d’entre eux, au regard du portrait que la presse camerounaise fait d’eux, demeure des hommes d’affaires de pacotilles, véreux et très incompétents. Dans ces conditions, comment voulez que ce type d’homme d’affaires véreux et totalement incompétent parvienne en terre camerounaise, s’il est élu Maire, par exemple à développer une moyenne commune dont il aura la charge, alors qu’il a échoué, pour des raisons évoquées à l’épanouissement de sa propre entreprise privée ?
Enfin, comme tout le monde le sait aussi, la magie noire répandue au Cameroun ne remplace, ni la connaissance, ni la compétence, qu’on soit un biznessman venu en politique, ou d’un politique professionnel. Allez dire, j’assume.
Les hommes d’affaires et les hommes politiques du Cameroun ont en général, un déficit de formation, de culture de développement, d’ambition, de compétence et de passion pour construire réellement leur pays. Un lourd héritage issu de la colonisation, du néocolonialisme et la colonisation économique toujours en cours en Afrique. C’est pourquoi la corruption est vivante en Afrique en général et au Cameroun en particulier. Autrement dit, la classe politique et l’élite du continent issues des indépendances africaines et les dirigeants européens, en laissant depuis 1960 se développer en Afrique subsaharienne, une politique de rente et du clientélisme, ont fait le choix de décimer peu à peu les populations africaines, qui, elles manquent de tout et meurent sous le coup des maladies, de la faim et des guerres civiles. C’est pourquoi, il faut impérativement mettre un terme à la culture de rente et à l’exploitation massive des matières premières qui n’enrichissent que la classe dirigeante et l’élite africaine et masquent la pauvreté endémique des populations africaines. Au Cameroun comme dans d’autres pays africains, il faut redéfinir des programmes de développement socioculturel, politique et économique, pour aborder au niveau humain un développement maîtrisable et contrôlable, outre qu’il favorise l’accroissement de la richesse des familles et des communautés. Il faut créer également un tissu économique, nécessaire à la mise en place ultérieure de projets plus ambitieux et réalisables, mais nécessitant un minimum de compétence et d’infrastructures qui n’existent pas actuellement en Afrique en général et au Cameroun en particulier.
"Ceux qui réussissent de se faire élire, tissent des liens politiques très indispensables dans la concession de marchés publics"
NDENMEKO BANKOUE Landry, Activiste en matière de promotion de la paix et des droits humains.
Le fait d’être Homme d’affaires n’est pas fondamentalement un motif remettant en cause la capacité de l’individu à remplir fidèlement une fonction élective au sein d’une représentation communale, régionale ou nationale. Pour le cas du Cameroun et à la lumière de l’expérience jusqu’ici vécue par notre système démocratique, l’on enregistre un appétit croissant et vorace d’Hommes d’affaires dans la course aux élections législatives et municipales. Sans toutefois leur ôter ce droit à l’appétit de briguer un mandat, force est de constater que la plupart des postulants à une fonction élective au Cameroun brillent tout simplement par leur soif de pouvoir. Ceux qui réussissent de se faire élire, tissent des liens politiques très indispensables dans la concession de marchés publics, bénéficient de façon opaque aux réductions substantielles de droit de douane et autres redevances fiscales, exercent une influence terrible auprès des autres administrations publiques et même auprès d’entités privées pour divers privilèges nécessaires pour la prospérité de leurs affaires privées. Voilà malheureusement les motivations des candidats à l’exercice d’une fonction élective qui s’établissent au détriment de l’intérêt des populations, des institutions, de l’Etat en général et c’est ça que nous devons déplorer.
Si la transparence du système électoral était déjà acceptée de tous les acteurs, il ne serait pas juste de relayer au simple rang d’électeur, tous les Hommes d’affaires au Cameroun. Leurs affaires ne doivent pas être une raison objective et suffisante pour leur dénier la possibilité de postuler à une fonction élective. Toutefois, considérant que la richesse d’un individu lui confère des atouts de lobbying et d’influence extrêmement puissants, la plupart des pays démocratiques encadrent constitutionnellement les modalités de candidature et d’exercice dans le cadre d’une fonction élective. Cet encadrement vise essentiellement à garantir une équité constitutionnelle et électorale pour tous les candidats à une fonction élective et aussi de limiter les risques de conflits d’intérêt entre la fonction élective désirée ou assumée et d’autres éventuelles activités privées ou professionnelles menées par un même individu. En exemple, lorsque nous prenons l’affaire CAHUZAC qui a défrayé la chronique du côté de la France, nous notons jusqu’à ce jour un ensemble d’initiatives législatives et réglementaires qui visent notamment à établir formellement les critères d’incompatibilité des mandats ou entre un mandat avec certaines professions. Les Etats-Unis quant à eux, ont pris de l’avance depuis bien de décennies pour presque sacraliser la fonction élective. A cet effet, l’on peut noter par exemple que la vie privée des postulants à une fonction élective soit passée au peigne fin dans les limites de l’humiliation pourrait-on dire.
Le développement local tient sur la qualité des réalisations, des projets et des reformes prévus ou entrepris par les autorités représentant la localité sur le plan municipal ou législatif. Il faut rappeler que les Hommes d’affaires qui assument ou prétendent à une fonction élective ne viennent pas moderniser les infrastructures ou accroitre le niveau de vie des populations avec leur propre argent.
"Une fois élus, ces gens vont continuer à s’enrichir et à servir les réseaux"
Léopold Ngodji, Sémioticien du politique
Il faut dire que posée ainsi, votre question soulève un problème législativo-civique et démocratique dans la mesure où notre Constitution n’exclut aucun de ses citoyens à participer à la gestion des affaires de la cité, à partir du moment où celui-ci jouit de ses droits civiques et politiques. Toutefois, l’on a la faiblesse de croire, comme vous, qu’au fil des élections, un engouement significatif est perceptible pour ceux que vous appelé « hommes d’affaires », c’est-à-dire un ensemble de personnes qui détiennent un potentiel économico-financier symbolique fort, à chercher un mandat électif (sénateur, député, maire, conseiller municipal, etc.). En réalité, il faut dire que la politique a toujours été (même dans les démocraties dites avancées) une affaire de riches et de personnes influentes des différentes sphères de l’action sociale. Le problème ici est celui de l’exclusion de la masse (les pauvres !) dans cette gestion alors qu’étant les plus nombreux. Cela est dangereux, et l’enjeu est ailleurs ! En fait, ces « hommes d’affaires » y vont, une fois de plus, pour s’accaparer des richesses et dividendes communes et collectives, pour se mettre à l’abri des ennuis judiciaires et éthiques qu’ils auraient commis dans le monde des affaires que l’on connaît pas toujours sain et moralo-éthique ; pour avoir le pouvoir politique et honorifique (être appelé sénateur, député, maire ou conseiller municipal procure à ceux-ci un autre honneur que l’argent du monde des affaires n’octroie jamais). D’ailleurs, ne dit-on pas que les Camerounais aiment les titres ? Chaque jour, on voir le plaisir que les gens ont à être appelé Président, Prési, Monsieur le Maire, DG, Boss, etc. Mais, l’autre aspect, et plus que dangereux, que je voudrais signaler ici est la forte « patrimonialisation », mieux la forte « nucléo-familiarisation » de cette course au mandat électif. En fait, l’on note ici et là des directeurs généraux, ministres, hommes d’affaires et « élites » qui imposent, à coût d’argents, leurs épouses, leurs enfants, leurs frères/sœurs et cousins, leurs colistiers, leurs fraters et les personnes de leurs divers réseaux lors des instances d’investiture et de candidature.
Leur entrée ne crédibilise le jeu électoral. Pas du tout ! L’on est en fin de mandat et les groupes de toutes sortes sont prêts à « privatiser » et à contrôler la vie politique par tous les moyens pour se positionner le moment venu après avoir accumulé les fortunes électorales et de guerre possibles. Pire, sachant que l’acte de gouverner est un acte de délégation et de « représentation » au sens de Alain Touraine, l’on peut se poser une seule question. Est-il possible qu’un « riche », une fois élu, défende pertinemment et réellement les droits, et revendiquer mieux les aspirations et les attentes d’une masse essentiellement pauvre ? La réponse est non ! C’est qu’une fois élus, ces gens vont continuer à s’enrichir et à servir les réseaux, les obédiences, et leurs familles restreintes au mépris des plus nombreux qui vont voir leur condition de vie régressée continuellement. Or, nous sommes dans un pays à plus de 60% d’analphabètes, et où le peuple a démissionné de la vie politique et n’a aucun sens du civisme et des enjeux du pouvoir du vote qu’il détient pour sanctionner et dire non à un moment donné.
"Une bonne partie de nos institutions parlementaires sont réputées être envahies par des délinquants économiques"
Richard-Martin Ntondo, Secrétaire général du Manidem
Avec le régime du Renouveau, l’on constate la propension des hommes d’affaires à s’engouffrer dans l’arène politique camerounaise contrairement à la tendance remarquée durant l’ère du prédécesseur de Paul Biya. Il s’agit d’une préoccupation absolument légitime pour les citoyens qu’ils sont au même titre que tous les autres camerounais, dans le cadre et l’esprit de la pleine jouissance et du plein exercice de leurs droits civiques.
Si du temps d’Ahidjo, les hommes d’affaires (et notamment quelques-uns d’entre eux) n’étaient que cooptés au sein du comité central du parti unique, avec Paul Biya et après l’ouverture du pays au pluralisme partisan, est apparue la nouvelle classe d’hommes politiques (maires et députés) issus du milieu des opérateurs économiques. Il faut tout de même rappeler que même sous Ahidjo, ces mêmes hommes d’affaires devaient passer à la caisse du parti-état reverser une partie des impôts qui leur étaient concédés par le truchement de la fraude fiscale (impôts et douanes) et autres escroqueries économiques souvent connues de l’oligarchie politico-administrative et parfois même encouragées par cette dernière.
Si du temps du parti exclusivement unique, ce dernier – se confondant ouvertement et sans vergogne avec l’Etat (d’où l’appellation de Parti-Etat) –puisait officiellement dans les caisses du trésor public, le soupçon d’éthique politique qui doit caractériser le multipartisme oblige l’ancien parti-état et parti unique (le RDPC) à justifier – tout au moins partiellement – l’origine de ses moyens financiers colossaux par l’appel frisant le chantage à des militants aux portefeuilles suffisamment bien garnis, bénéficiant ou non des largesses en tout genre du pouvoir et beaucoup trop souvent en délicatesse avec les services fiscaux ; suit alors leur sollicitation, voire l’embrigadement dans des fonctions politiques.
Avec le Renouveau, non seulement l’on ne semble plus seulement avoir pour souci de matériellement nourrir et entretenir le parti (RDPC), mais encore de solidifier les fondations de ce système global de gouvernance par la corruption, la prédation, la prévarication et le népotisme. Ceux des hommes d’affaires férus d’enrichissement illicite ayant par ailleurs compris de quel côté se trouvent leurs intérêts immédiats n’hésitent donc pas à proposer leurs services à ce parti qui n’a cure du bien commun et encore moins de l’équitable distribution des fruits de la croissance, quand bien même il pourrait y en avoir.
La ruée constatée des hommes d’affaires dans la lutte pour leur sélection par le parti au pouvoir en vue des prochaines élections municipales et législatives procède essentiellement de cette logique de privilégisation de leurs intérêts égoïstes au détriment de ceux de la nation et bien évidemment de la dé-crédibilisation de la chose politique. Cette dernière s’assimile désormais et presqu’exclusivement au pouvoir de l’argent et non au contenu des programmes et à leur valeur ou puissance. Ceci explique également en grande partie le désintérêt croissant des camerounais pour la politique en général ; celle-ci étant désormais considérée par l’opinion comme cause et moyen de corruption et ainsi que d’enrichissement sans cause.
"Les hommes d’affaires devraient profiter de leurs volumineux carnets"
Grégoire Djarmaila, Journaliste, chef d’agence Sopecam Extrême-Nord Même si la pyramide des besoins telle que pensée par Abraham Maslow n’explique tout, il faut savoir que l’irruption des hommes d’affaires dans l’arène politique est intimement liée à une aspiration légitimement humaine. Leur engagement en politique tient du fait d’une quête de reconnaissance et d’estime en soi. Dans notre contexte, il faut avoir pour exister. Celui qui est c’est celui qui a.
Deuxièmement, les hommes d’affaires pensent qu’ils ont un droit de préemption sur les dividendes à récolter dans les joutes politiques. Parce que ce sont eux qui alimentent les caisses, entretiennent les militants.
Troisièmement, la participation des hommes d’affaires dans les jeux électoraux répond au principe de complémentarité. Un parti politique c’est un peu à l’image de l’auberge espagnole, on y trouve un peu de tout. En réalité, une formation politique est animée par trois catégories de militants. Il y a les militants de base, qui animent les meetings, applaudissent marchent pour donner de la vitalité au parti. Il y a ceux qui conçoivent les stratégies et les messages du parti : ce sont les intellectuels du parti. Mais les deux catégories ne peuvent suffire à faire vivre le parti. Il faut des gens qui financent les activités du parti. Dans le contexte camerounais, on dit vulgairement que les pauvres ne peuvent pas faire la politique. Les nantis trouvent ainsi un terrain fertile pour s’exprimer. Il faut entretenir la base avec les gadgets, la nourriture. N’oublions pas que le militantisme sous les tropiques est essentiellement alimentaire. Trop peu d’adhérents militent par conviction. Ce schéma est presque identique dans la plupart des partis politiques. In fine, ce n’est pas une réalité camerounaise. En France, on a vu la proximité de Bolloré avec Sarkozy. Le dernier à l’entame de son magistère s’en envoyé en vacances dans le Yacht de l’autre. En fait, les pouvoir politique et économique ne se repoussent, bien au contraire, ils se complètent.
La question se ramène à un niveau individuel. Il y a des hommes d’affaires qui sont soucieux de relever le niveau de vie de leurs populations. Ceux-ci s’illustrent par des investissements socio-économiques. J’hésite à citer le cas de Fotso Victor à Bandjoun. Mais il faut sortir des réalisations de simple prestige telle la construction d’une église ou d’une mairie futuriste. Nous demeurons un pays où il faut tout construire. Il faut sortir les populations de leur isolement, investir dans les soins de santé, l’éducation, réaliser des forages etc. les hommes d’affaires devraient profiter de leurs volumineux carnets d’adresses pour décrocher des projets en faveur de leurs localités. Ils devraient user de leur influence pour orienter les décisions dans le sens du développement de leurs localités. Mais combien dans notre contexte le font-ils ? A l’observation, la plupart sont attachés à leurs profits personnels. A l’Extrême-Nord certains hommes d’affaire à peine alphabétisés ont été élus maires parce qu’on pensait qu’ils allaient utiliser une partie de leur fortune pour booster le développement de leur commune. Mais cinq ans après, les choses n’ont pas bougé. Certains se sont limités à des actes de charité envers les nécessiteux. On ne peut pas se développer en prônant la politique des dons. Aucun pays ne peut se développer en pratiquant de l’aumône auprès des populations. Le développement se conçoit d’abord au niveau des idées.
"Paul Biya est chaud gars, voilà leur programme"
Kuissu Gerard, coordonnateur national du Tribunal Article 53
Nombre d’hommes politiques sont prisonnier de leur accointance avec le parti mourant au pouvoir. Tout refus de s’engager peut être interpréter comme une traîtrise, ou une volonté de "tuer" l’évolution du parti dans leur sphère. Ils sont prisonniers de leur casserole, du système. Pensez vous que Fotso Victor aie le choix ? Eh bien non pour son fils il est condamné à militer. L’autre analyse c’est que pour protéger leur affaires, pour se protéger de redressements fiscaux pour continuer de bénéficier de marchés et d’exonérations diverses, ils sont obligés de concourir. Rien d’idéologie dans leur démarche ; d’ailleurs qu’est ce qu’ils en ont à foutre : Paul Biya est chaud gars voilà leur programme.
Leur entrée ne crédibilise pas le jeu démocratique dans ce cas. Ah non du tout ! Il n y a que chez nous que l’on voit hommes d’affaires, musiciens, sportifs tout le monde se livrer de façon inexpliquée et désordonnée à la politique. Avec les moyens qu’ils ont, ils ont la possibilité de tirer les ficelles, de faire du lobbying pour passer leur intérêt sans venir se mouiller, se pervertir dans l’arène politique où ils sont malmenés, ridiculisés. Souvenez-vous comment les listes Rdpc ont été rejetés à l’Ouest lors des sénatoriales : homme d’affaires et chefs traditionnels balayés de la main par de vulgaires fonctionnaires eux mêmes nommés !
Non ! Le jeu démocratique reste crédibilisé par l'alternance et des élections consensuelles crédibles et transparentes; un calendrier lisible par tous.
Ils sont élément de la solution et non solution. La solution ce sont les idées, la volonté et les hommes pour les résoudre. Et quand vous avez ces éléments, les moyens viennent seuls pas nécessairement par eux. Je le dis avec expérience ; j’ai mené des projets dans mon village et j’ai eu les moyens pour le faire.