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Conjoncture: La situation de la fille du Nord-Cameroun toujours stagnante

Alors qu’on croyait le Cameroun atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (Omd), ses parties Nord et Est, trainent encore le pas. En effet, des études du ministère de la promotion de la femme et de la famille (Minprof), démontrent que sur le plan national, 79,7% de filles vont à l’école contre 94,9% de garçons. D’autres chiffres indiquent que l’écart entre les deux sexes est de 14 points. Le tableau est plus nauséeux lorsqu’il faut évoquer ce que le gouvernement appelle "les zones d’éducation prioritaire" en abrégé Zep. Sont activement concernées ici, les régions de l’Est et les trois grandes zones septentrionales. Selon le ministre de l’Education de base, Youssouf Alim Adjidja, 57% des filles sont scolarisées et 30% représentent le taux d’achèvement du cursus scolaire. Ce dernier concerne les filles dont l’âge se situe entre 4 ans et moins de 18 ans. Si pour le ministre de la promotion de la femme et de la Famille (Minprof) Marie Thérèse Abéna, "personne ne peut rester indifférent face à cette situation", ce qu’il faut remarquer, c’est que les efforts engagés depuis les lustres pour réduire le phénomène avancent à pas de torture. Pour le Pr Matchinda de l’Unicef-Cameroun, "Au cours des 10 dernières années, le Cameroun a connu une augmentation significative des inscriptions dans les écoles primaires, mais les disparités de  genre persistent". Elle fait alors remarquer que "40 % des filles qui commencent le cycle d'enseignement primaire obligatoire abandonnent avant d’atteindre le Cm2". Plus grave, "32 % des écoles publiques ont accès à l'eau potable et seulement 45% ont des toilettes". On remarque sur ces entrefaites que "Le taux de disponibilité des manuels scolaires est également très faible; 4% d’élèves de l'école primaire ont accès aux manuels scolaires de sciences, et 9% ont accès aux manuels d'anglais / français et 10% en mathématiques".

 

Mobilisation

Une situation qui inquiète les organisations de la société civile installées dans le Nord-Cameroun ainsi que les partenaires au développement tels que Plan-Cameroun, l’Unicef, le Japon et bien d’autres venus à la rescousse du gouvernement camerounais. A la lumière des explications reçues sur le terrain, plusieurs problèmes minent l’épanouissement socio-scolaire de la fille des zones d’éducation prioritaire. Plusieurs cas sont avancés ici pour justifier la situation de la fille de cette partie du pays. Selon Aminatou Sali Mourbé, co-fondatrice de l’Action locale pour le développement participatif et autogéré (Aldepa), paradoxalement, "l’école est pour la jeune fille, une source de problème". Elle explique qu’à un certain moment, elle devient la cible de l’enseignant qui se transforme en "un prédateur". Victime d’attouchement, de harcèlement et de viole, la jeune fille est contrainte d’arrêter les classes pour rentrer en famille. Si la phase répressive des défenseurs des droits de la jeune fille se traduit par des poursuites judiciaires,  il faut dire que selon la co-fondatrice d’Aldepa, sous l’instigation de son organisation, deux enseignants purgent en ce moment leurs peines en prison. Il n’y a pas que les enseignants, renseigne t-elle. Celle-ci pointe d’un doigt accusateur, les délégués départementaux, les commandants de brigade et certaines autorités "qui abusent de la jeune fille". Même des fillettes de 4 ans en souffrent précise t-elle avant de poursuivre qu’il s’agit notamment des filles dont la tranche d’âge varie allant même jusqu’à 18 ans. Ici, la tradition et la culture sont mises au banc des accusés. Elles sont considérées comme le premier frein au développement tant moral que psychique de la jeune fille de l’Est et davantage, du Nord-Cameroun. Selon le Dr Ahmadou Séhou, historien et enseignant à l’université de Maroua, " pour comprendre le problème du Nord Cameroun il faut remonter à sa rencontre avec l'école occidentale. L'Islam et l'école coranique y étaient bien avant avec pour but de former l'homme pour la terre et le ciel ici bas et l'au-delà." L’enseignant poursuit en précisant que "l'école occidentale est arrivée un siècle après le Sud, conflit et mésentente ente Islam et école occidentale véhiculée par le christianisme considérée comme affaire de Chrétiens et menace pour l'Islam d'où rejet par les élites musulmanes de l'époque". Dans ses explications, l’enseignant croit savoir que "le système politique a favorisé ce rejet, puisque l'autorité était entre les mains des chefs et lamibé intermédiaires des blancs puis avec le pouvoir politique. Personne n'a pris la peine d'expliquer les choses aux populations, de faire la différence entre le temporel et le spirituel". Ce qui légitime la situation et appelle à une sensibilisation plus accrue des acteurs. Pour la présidente nationale du Réseau camerounais des mères d’élèves pour l’éducation des filles (Recamef), au cours de l’année qui s’achève, on recense plus de 100 filles victimes des affres de la société qui les abrite. Sadia Gamma Binda pense qu’outre la tradition, les grossesses précoces, la pauvreté ambiante, les problèmes d’acte de naissance, celles qui parviennent à aller à l’école, ne poursuivent leur étude jusqu’au bout. Généralement, toute n’atteignent pas la classe du Cm2, rapporte la présidente "parce qu’au moment de présenter l’entrée en sixième et le Cep, l’acte de naissance sera un obstacle majeur" conclut-elle. Elle rappelle bien que pour ce qui est du cas des trois régions septentrionales, le problème concerne aussi bien la religion chrétienne que musulmane, les plus dominantes dans les quatre régions évoquées. 

Cas de figure

Dans le chef lieu de l’une des régions les plus peuplées du Cameroun, une illustration permet de toucher du doigt l’abandon de la scolarisation par des jeunes filles. Domayo à Maroua est le coin le plus chaud de la capitale régionale. A cet endroit de la ville, vers 22h, le spectacle de prostitution auquel se livrent des jeunes filles permet de comprendre leur situation à la fois familiale et scolaire. Parmi, très peu parle couramment français. Adèle Taibong, originaire de Kaélé, fréquente cet endroit depuis seulement 3 mois. Selon elle, ses études se sont interrompues en classe de Cm2. "Mes parents n’avaient plus les moyens pour m’envoyer à l’école" confie t-elle. Partie de Kaélé pour Maroua, elle espère trouve une vie meilleure en vendant du "sexe". Agé de 13 ans, sa taille et sa corpulence laissent très peu songeur sur son âge. Comme elle, pleines sont les filles de cette tranche d’âge qui écument les allées des buvettes de Domayo. Habillées en pagne, elles donnent très peu l’opportunité au nouveau venu du coin de deviner qui elle est à proprement parlé. Pourtant, le spectacle qu’elles livrent dans les bars et autres snacks laisse bien comprendre leur situation sociale. En groupe ou seule, elles s’adonnent à l’alcool, d’autres aux cigarettes ou à la musique.

Si leurs techniques d’approche sont différentes des professionnelles du sexe, selon des témoignages de clients, ces jeunes filles n’ont pas de grille de tarif. C’est le client qui impose son prix et "les tournures de l’acte sexuel", nous indique un usager des lieux. Contrairement aux professionnels du sexe qui ont des lieux de plaisir, ces petites filles acceptent de suivre leur client à l’endroit de leur choix. Comme le lieu dit Yelwa à Garoua, Domayo attire beaucoup de passionnés du sexe avec jeune fille qui semble se livrer à cœur joie. Sur la base des observations, la moyenne d’âge varie entre 12 ans et 17 ans. Elles viennent des différentes villes et villages de la région de l’Extrême-Nord et chaque soir de la semaine, convergent vers cet endroit, à la recherche d’un peu de sous. "Certaines le matin peuvent se retrouver avec moins de 5 000 Fcfa de recette et d’autres plus selon les témoignages" susurre un vendeur de cigarette jouxtant l’un des bars du coin.

Paul-Joël Kamtchang de retour de Maroua

 

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