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" La raréfaction des personnes qualifiées produit un effet redistributif "

Après la loterie américaine, le Canada a le vent en poupe avec l'immigration. D'un point de vue sociologique, que peut traduire cet engouement ?

L’engouement des pays riches et industrialisés pour l’immigration est un processus historique qui, s’il s’est amplifié, obéit aux mêmes motifs que la traite négrière qui a vidé l’Afrique de ses homes les plus vaillants dans les années 1800. Sous des formes les plus voilée,  et de ce qu’il est convenu d’appeler le processus de « fuite des cerveaux », les pays industrialisés continuent à ponctionner le continent africain de sa matière grise et ce, avec la complicité de ces derniers. Sans toutefois être exhaustif, plusieurs raisons sont à mettre à l’actif de l’immigration à savoir :

Les raisons d’ordre économique ;  la plupart des Hommes de sciences sont d’accord que, même si cette assertion semble réductrice, le développement aujourd’hui passe par la maitrise de la science et de la technologie. Dans ce sens, l’industrialisation très poussée des pays développés demande une main d’œuvre jeune et moins chères donc l’Afrique est inéluctablement le pourvoyeur. La plupart des pays riches ont une population vieillissante et donc le rendement ne peut plus être optimal. Il faut donc trouver une main d’œuvre qualifié mais moins chères qui peut permettre à ces pays de maintenir leur rythme de croissance économique.

Les  raisons d’ordre académiques et professionnelles: Malgré l’évolution de la technologie avec la mise en disponibilité des formations à distance, certaines filières de spécialisation ne sont disponibles que dans les pays développés. Pour se spécialiser, les candidats ou les professionnelles sont ainsi obligés de quitter leur pays. Or dans un tel système, les pays riches qui disposent de telles filières de formation ou de perfectionnement, mettent sur pieds des conditions d’emploi et autres facilités qui font en sorte qu’une fois formés, les candidats ne pourront plus rentrer servir leur pays.

De la complicité de nos états et les représentations sociales stéréotypées de notre système éducatif : Aujourd’hui, se faire former dans un pays industrialisé est gage de multiplication des chances de trouver un bon emploi. On accorde ainsi plus de valeur aux diplômes étrangers obtenus dans les grandes universités occidentales ou encore une expérience professionnelle acquise dans un pays industrialisé. Notre système éducatif et de formation professionnelle étant ainsi obsolète, avec des défaillances flagrantes dans les programmes éducatifs et de formations professionnelles, les jeunes diplômés africains semblent sous-qualifiés ! Le recours à l’immigration est donc une solution pour renforcer ses compétences et éviter certaines vicissitudes qui jonchent notre système éducatif (harcèlement sexuel, corruption et achat des diplômes, règlement de compte et autre blocages académiques)  

 

Les raisons d’un espoir de mieux être des immigrants : il n’est pas vain de souligner le rêve que caressent la plus part des migrants, la pauvreté et la misère aidant, de voir changer leur condition de vie une fois  dans le pays d’immigration. C’est d’ailleurs cette illusion du bien-être général que ces pays industrialisés en font de la publicité pour faciliter la fuite des consciences dont l’Afrique a besoins pour son développement. Le chômage, le manque de bien-être social, le manque de bonne gouvernance, qui se traduit par le népotisme, le manque de mérite, le tribalisme dans certains pays font partie des causes qui font s’évaporer des centaines ou même des milliers de personnes. Celles-ci s’installent à l’étranger pour trouver des conditions de vie, de travail ou de rémunération qu’ ils ne trouvent pas dans leur pays d’origine 

Quelles en peuvent être les conséquences sur le développement du pays et sur l'économie?

Parler des conséquences de l’immigration, c’est remettre au gout du jour toute la problématique de la traite négrière, qui comme vous le savez a vidé l’Afrique de ses hommes les plus valides. Mais on peut tout de même évoquer :

La fuite des cerveaux et le déséquilibre dans le développement humain: à travers l’immigration, l’Afrique se vide de sa matière grise qui est une source inévitable pour créer, innover, édifier et constituer une force de changement social et donc de développement. L’Afrique se vide de sa matière grise et de ses compétences ce qui constitue un frein pour son développement. Pour ce qui concerne l’éducation, l’investissement national dans l’éducation est une perte économique car elle profite finalement au pays d’accueil du chercheur, à long termes, les capacités du pays d’origine sont amoindries ainsi que son aptitude à investir et à innover. A plus court termes, la raréfaction des personnes qualifiées produit un effet redistributif de la richesse national au détriment des personnes moins qualifiés qui sont souvent déjà les plus pauvres.

La dépendance tout azimut des pays africains face à la compétitivité des économies: Ayant désormais une main d’œuvre peu qualifié voire inexistante, l’Afrique ne peut qu’à chaque fois se retourner vers les pays industrialisées pour solliciter l’expertise et l’appui technique pour son industrialisation. Seuls ces pays, par le biais de leurs techniciens choisissent en effet de ne livrer qu’une part de la technologie qui contribuera à mieux servir leurs intérêts.

La désarticulation du tissu social et des cultures africaines : l’on aborde souvent très peu cette conséquence de l’immigration et à tort. Les immigrés deviennent le plus souvent, ce par alliance, des personnes métissées, qui sont souvent dans une transition culturelle inexacte. D’une part, ils ne maitrisent par parfaitement leur culture d’origine, ou  du moins ont perdu ce qu’il en reste,  d’autre part, ils ne connaissent pas grands choses de la culture du pays d’immigration. Le phénomène des déracinés culturels se multiplie ainsi.

 Pendant que l'Etat met en place des mécanismes pour résorber le problème de chômage des jeunes qui est à l'origine, des pays étrangers mettent en place des mécanismes pour favoriser la fuite des cerveaux sans que l'Etat ne dise mot? Que peut traduire un tel tableau? 

Sur un plan géostratégique, les pays industrialisés tiennent les cordons de la bourse ! (FMI, Banque mondiale….).  C’est eux qui continuent à impulser le développement de la plupart des états. En un mot, les états ont-ils les moyens pour remédier à l’évolution de ce phénomène ?

 Une seule chose me semble possible : c’est d’offrir un environnement favorable sur le plan de l’emploi, de la sécurité, et la bonne politique économique et surtout de la bonne gouvernance !

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