Vendredi 13 décembre 2013, les couloirs d’une agence d’immigration pour la Canada située à Akwa ne désemplissent pas. Comme Arielle, la trentaine sonnée, ils sont nombreux, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes à la quête d’une opportunité à l’Extrême-Nord de l’Amérique. De plus en plus, le Canda devant les Etats-Unis, débauche au Cameroun. Si cette frénésie est accentuée aujourd’hui, il faut noter que le Canada organise l’immigration pour son territoire depuis plus d’une quinzaine d’année. Cependant, le Cameroun ne serait pas le seul pays concerné et ne conterait même pas parmi ses viviers. De l’avis de plusieurs experts, le ramdam noté ces années est dû à la multiplicité des opérateurs du secteur qui utilisent les voies de communication de masse pour faire passer le message.
Selon une source du Haut-commissariat du Canada à Yaoundé qui a requit l’anonymat, "ces consultants sont des intermédiaires qui se proposent d'aider leurs clients à mieux préparer leur dossier de demande d'immigration". Avant de poursuivre, "je peux te garantir que cette activité est très lucrative". C’est donc ce dernier tableau qui occasion les exactions que l’on peut remarquer telles que les arnaques. " Certains ont perdu de grosses sommes d'argent dans ces histoires et n'ont jamais vu Nsimalen" confie Cédric, informaticien et proche d’une victime. Pour lui, certains "ne connaissent pas la procédure, ne s'informent pas et se laissent guider par des arnaqueurs". D’où la nécessité de ces cabinets agréés. Ce chemin pourtant, ne garanti pas le visas encore moins un départ aisé car, "l'instruction des dossiers de demande d'immigration est faite exclusivement par le gouvernement, qui se charge de communiquer le plus clairement et le plus largement possible les conditions aux futurs candidats" confie une source diplomatique. "Il n'y a donc pas d'alliance ni de collaboration avec les cabinets privés et les ambassades à l'étranger" poursuit-elle. Par conséquent, "Il se trouve juste qu'au Cameroun, des hommes d'affaires ont flairé le coup et surfent allègrement sur cette vague. Rien à voir avec le gouvernement canadien. Les pubs sur Tam-Tam Weekend ou les banderoles dans la rue, ce n'est pas le gouvernement canadien qui finance ça, mais des privés, mus par l'appât du gain" conclu notre interlocuteur sous cape. Néanmoins, certains réussissent à tirer leur épingle du jeu. "Ceux qui ont réussi m'avouent que çà leur a prit au moins 2 ans" indique Cédric. Selon bon nombre qui ont déjà essayé " entre dossier à fournir au service d'immigration, passage des tests de langue", il faut s’armer de patience, renchéri Nadia qui est à son deuxième essai.
Le leitmotiv canadien.
Selon notre source du Haut-commissariat du Canada au Cameroun qui n’est la version officielle ni du pays concerné encore moins de la représentation diplomatique- "comme dans tous les pays développés, le Canada fait face à un vieillissement de sa population qui va dans les prochaines années poser un problème de main-d’œuvre si rien n'est fait pour assurer le renouvellement de la population". Ce que d’aucun appellent "Immigration organisée" est alors pour cette démocratie, une issue favorable. Elle a sur ces entrefaites, "adopté une politique (très) volontariste en matière d'immigration". C’est pourquoi, l’organisation des fuites des cerveaux est passée d’une fois par an, il y a quatre ans, à quatre fois par année de nos jours. Avec la représentation de l’Afrique de l’Ouest et du Centre basée à Dakar au Sénégal, les équipes sillonnent les pays à la recherche des potentiels candidats. S’il est difficile à ce jour de donner le chiffre exacte des Camerounais qui frôlent le sol du Canada chaque année par ces voies, on peut cependant dire que malgré le nombre de plus en plus croissant, le Cameroun ne compte pas parmi les pourvoyeurs de matière grise. Selon des sources généralement bien introduites du ministère des affaires étrangères canadien, " En Afrique, tu as les pays du Nord qui sont de véritables pourvoyeurs d'émigrants vers le Canada". Cependant, des sources diplomatiques tant du canada que des Usa insistent, " sur un plan national, on assiste à une véritable saignée- car le pays se vide littéralement".
Georges Enoh est un ingénieur camerounais basé au Canada il y a déjà deux ans et parti avec l’aide d’un cabinet. "Certains Canadiens préfèrent confier certaines tâches aux étrangers" indique t-il. "Il ya la rédaction web pour le e-commerce, d’autres travaux physiques et même intellectuels" martèle George Enoh. Celui-ci explique par exemple que " des start-up de e-marketing s'implantent et offrent des communications via des putsch mail. Concrètement : quand une entreprise a un nouveau produit, dentifrice par exemple, un test est rédigé sur le produit de manière optimisée conforme au net, mots clé etc pour un meilleur référencement- puis balancé à la base de données. Celle-ci contient 1 millions 300 mille abonnés pour une start-up dont on m'a parlé." Avant de poursuivre, "les gens reçoivent les mails dans leur smartphone et savent où se rendre. Un peu comme MTN et Orange font avec les sms de promo là sauf que chez eux, ils ont la 4G et çà va vite. Du coup, ils ont besoin des gens qui rédigent au quotidien à qui ils payent des frais par article".
L’échec des politiques publiques
Il est avéré que ces cabinets et la chancellerie réussissent à attirer plus de Camerounais que les multiples structures budgétivores mises en place par l’Etat en vue de résorber le chômage et donc d’endiguer la saignée migratoire. Cela dénote sans nul doute de l’échec des pouvoirs publics en matière de promotion d’emploi. Le Cameroun compte à ce jour cinq ministères en charge de l’éducation, de la formation et de l’insertion des jeunes demandeurs d’emploi. Il s’agit du ministère de l’Education de Base (Mindub), celui des Enseignements secondaires (Minesec), de l’Emploi et de la Formation professionnelle (Minefop), de l’Enseignement supérieur (Minsup), de la Jeunesse et de l’Education Civique (Minjec). Ajouté à ces ministères, leurs bras séculiers en matière d’insertion socio-économique des jeunes. Selon une étude menée par le Dr Sobze Martin en 2012, la tranche concernée par l’immigration se situe entre 17 et 35 ans. Une situation qui ne laisse personne indifférent face à ce qui est convenu d’appeler l’effet bling bling du gouvernement camerounais. Pour plus d’un observateur, les discours de chef de l’Etat à la jeunesse n’ont d’effet que la durée de l’adresse. A voir ceux qui vont chaqu’année, au Canada, au Emirats arabes unis, aux Etats-Unis, en France etc, l’efficacité des politiques publiques en matière d’emploi en remise en cause.