Vendredi dernier, le chef de l’Etat camerounais a signé une série de trois décrets, tous visant à amortir les effets dévastateurs de la baisse du cout du baril du pétrole sur l’économie nationale. Si tous donnent mandat au ministre des Finances (Minfi) de contracter avec des banques tant nationale qu’internationale des prêts en vue de financer des projets prévus dans le Plan d’urgence du Cameroun, l’autre fait majeur est le redressement de la Société nationale de raffinage du pays (Sonara).
En effet, le décret 2015/061 du 06 février 2015 indique clairement que le ministre des Finances est habileté "à signer avec une syndication de banques locales ayant pour arrangeur BGFI Bank, Société générale Cameroun, une convention de crédit relais d’un montant 143,5 milliards Fcfa, pour le refinancement" de la Sonara. Tandis que l’autre texte, notamment le décret 2015/060 instruit le Minfi de signer avec la Standard Chartered Bank et la Société générale de Paris "une lettre de mandat pour lever un financement d’un montant de 1,5 millions de dollars US, soit environ 750 milliards Fcfa pour le refinancement de la "Sonara, "le financement partiel du plan d’urgence triennal, et de certains projets de développement".
Les financements affectés à la Sonara dans le cadre de ces prêts, de l’avis de plusieurs experts contactés, ne laisse pas indifférent. Idriss Linge, économiste fait notamment remarquer que la situation actuelle imposée par la baisse du prix du pétrole "devrait impacter notre économie de deux manières". Notamment, "d'une part, elle va peser sur les recettes du budget de l'Etat, car le pétrole représente 20% de ses recettes". Et, "d'autre part et c'est surtout cela le gros problème de nos recettes pétrolières qui représente 40% de nos ressources en devises (dont les fripiers, les commerçants qui achètent les portables, la brocante et toutes les autres choses que nous importons de l'extérieure, même le cure dent), ont besoin". En signant ces décrets, Paul Biya semble avoir opéré une option parmi les deux qui s’imposait à lui. Le premier, "réduire le budget de l'Etat et donc sa pression sur les devises internationales mais aussi sur la petite économie locale parce que ses ministres voulaient faire du zèle (réduction des budgets cocktails, et petite prestation et tout le reste) et donc créer une dette sociale, pour suppression de certains travaux important ou non". Quant à la deuxième option, "s’endetter directement tant à l'extérieur qu'à l'intérieur (emprunt extérieur et intérieur) plus difficile car le coût financier sera important".
Conséquences
Le deuxième choix ayant été opéré, il convient de remarquer que le président de la République a augmenté la dette extérieure du Cameroun de 2 milliards de dollars. Selon les chiffres, avant ces décrets, le Cameroun cumulait une dette extérieure de 7,8 milliards de dollars. Avec en trame de conséquence, 7 ans pour s’acquitter avec un taux de remboursement qui culmine les 8%. Notons que dans les mêmes conditions, l’enveloppe des bons de trésors s’augmente littéralement atteignant les 900 milliards de Fcfa. Selon Idriss Linge, ces bons de trésors pourraient trouver un franc succès en raison de la surliquidité des banques qui vont être mobilisées. Cependant, souligne l’économiste, "le risque est que les banques trop sollicitées par le gouvernement, cela entraine une baisse de liquidité pour l'économie réelle et des difficultés de trésoreries pour les entreprises du secteur privé nationale".
Si les deux options glanent derrière elles des adeptes, les dénominateurs communs selon les neutres, résideraient dans les faits escomptés et pour l’économie nationale et pour le développement du pays. Pour d’aucun, c’est une décision courageuse, pour d’autres par contre, la réduction du budget de l’Etat était envisageable. Pour notre interlocuteur, "l'argent servira essentiellement à l'agriculture et à aider la Sonara sur le plan financier". Tandis que "sur le plan agricole, il y aura une accélération des agropoles et une amélioration des voies d'accès aux bassins de production". Par conséquent, "normalement, la nourriture devrait abonder dans nos marchés au terme du programme, et ainsi, nous importerons moins de nourriture, si les recettes pétrolière restent basses, le fait que nous ayons besoins de moins de devises pour acheter la part qu'occupait la nourriture, ramènera le pays à l'équilibre, et renforcera la répartition des richesses au plan nationale".
Pour ce qui est de la Sonara, souligne notre expert, "nous espérons que le président maintenant ailles plus loin, et annonce une baisse des prix de l'essence à la pompe". Selon lui, "la Sonara qui justifie l'essentiel des subventions pétrolière a déjà eu un trop perçu de 100 milliards de FCFA en 2014 car le prix du pétrole, sa matière première a baissé de 50%". Il appelle ainsi cette société à "faire des économies cette année, plus l'argent que l'Etat va y injecter". Ce qui de son point de vue, "le gouvernement doit annoncer la baisse des prix des hydrocarbures à la pompe, et ce sera là une grande victoire pour tout le monde".
Le plus attendu en somme, c’est la réaction du gouvernement sur la baisse du cout du carburant à la pompe qui devrait faire baisser tout ce qui a augmenté au lendemain du 1er juillet 2014. Ce qui serait à n’en pointé douté, un premier pas vers l’émergence 2035.
Paul- Joël Kamtchang, première parution dans le quotidien Emergence