Nous sommes lundi le 23 février 2015, comme tous les débuts de semaine, l’hôpital Laquintinie à Douala attend beaucoup d’usagers aussi bien pour les consultations de routine que pour les urgences. Il est un plus de 6h passées, les premiers patients pour la plupart des mères et leurs enfants arrivent au premier niveau du blog réservé aux consultations de cette formation sanitaire. Au pallier supérieur comme à celui d’en bas, l’on peut écouter des pas trainés sur les couloirs, des bébés qui pleurent et au loin des cris, des pleurs et même des ris. Ici, on a une place en fonction des mouvements des personnes. "Qui part à la chasse, perd sa place" comme le rappelle cet adage de chez nous repris par ces patients.
Petit à petit, le couloir supérieur se bonde. Il est déjà 8h, des chaises, parfois cassées disposées devant les portes servent de collecte de carnets. Se renseigner est un parcours du combattant. "C’est tout un problème ici, avoir un renseignement" s’indigne Cécile qui arrive pour la première fois dans cette formation sanitaire. Pas de signalétique, juste le nom des spécialistes sur le fronton de la porte, on se renseigne comme on peut et tant pis si on tombe sur une mère qui a longtemps attendu et murmure sa colère dans sa gorge. Plus grave, les portes encore fermées à cette heure compliquent la situation aux nouveaux. Leurs occupants trainent encore le pas, ici la ménagère lève les pieds et fait son job, malgré les va et vient et ne s’occupe de personne même si chez certains, l’incertitude se dessine visiblement sur les visages.
"Ha, on met aussi les carnets on attend quand ils vont venir" lance Joséphine qui accompagne sa fille Sonia, 2 ans à peine soufrant de palu selon sa mère depuis le week-end. Comme elle, à 9h30 elles sont déjà environ 200 de différents âges qui arrivent, le couloir se bonde et les quelques chaises disposées visiblement pour les malades deviennent moins importantes que les potentiels occupants. Les patients affluent, pas encore de médecin présent dans l’un de la dizaine de bureaux qui parsèment le couloir. "Les docteurs sont encore en bas", rétorque à un collègue, une infirmière qui vient d’arborer sa blouse et essaie de savoir si ses collègues sont déjà en poste.
Pendant ce temps, la chaleur gagne en intensité le couloir déjà occupé au surplus de sa capacité. Il faut se frayer le chemin une fois les escaliers terminés pour atteindre l’autre bout. Certaines mères font des allées et retour avec leur progéniture qui pleurent, d’autres essaient de les ventiler pendant que d’autres encore cherchent un petit espace vers les murs pour ne serait-ce que s’adosser et apaiser la charge qui les accable.
Au bureau dit "documentation", les premiers appels commencent et tout le monde a le regard et l’ouïe rivés. Certaines mamans arrivées plus tôt, sont surprises de voir certaines venues plus tard qu’elles, être appelées. "C’est comme ça ici, si tu n’as pas ta personne, tu vas seulement attendre" lance à la suite d’un piaf Ingrid. Les heureux élus peuvent alors aller à l’étape suivante, " la prise des paramètres du bébé". Dans cette autre salle, les infirmières ne sont non plus tendres envers les patients. Il faut surtout montrer sa rapidité à déshabiller son bébé, auquel cas, vous vous verrez retarder par les plus rapides sous ordre de l’une des trois infirmières qui officient dans cette salle presque exiguë. Parfois, la mère est priée d’"aller habiller votre bébé dehors" d’un ton pas très flatteur.
S’ouvre ainsi une nouvelle voie vers le spécialiste sollicité. Mais depuis 9h30 que les premiers enregistrements se sont effectués, ce n’est qu’une heure plus tard que les premiers spécialistes ont foulé le couloir. Pour Eleanor qui est arrivée depuis 6h45, pour n’avoir pas eu quelqu’un "pour pousser mon dossier", ce n’est que vers 13h qu’elle a pu rencontrer le pédiatre. "Parfois vous déposez comme ça vers 14h on vous dit que le pédiatre ne reçoit plus" s’insurge Jeannette, jeune mère habituée de ce couloir.
Paul- Joël Kamtchang, première parution dans le quotidien Emergence