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Décongestion portuaire : Le cas des camionneurs inquiète

Il est 11h ce lundi 02 février, premier jour de la semaine au Port autonome de Douala (Pad). Au lieu-dit carrefour Messapresse, la circulation est fluide. Motos, voitures personnels et camions se servent le passage sans agent de police pour fluidifier la circulation. En provenance de la place de l’Udéac, l’on peut voir au loin, les camions qui arrivent et ceux qui ressortent. Même image pour ceux qui vont en direction du comptoir colonial sur l’axe menant à la base navale de Douala. Seule la route en cours de réhabilitation, sert de ralentisseur. Les camions sortent des différents magasins situés le long de cette route sans klaxons violent, ou arrêts brusques.

Cependant, la route menant au parc à bois et à la capitainerie du côté Nord du port, prouve encore que la décongestion ici n’a pas encore dit son dernier mot. Il y’a d’abord le premier poste de contrôle tenu par une équipe de gendarmes qu’assiste un personnel de veilleurs de nuit dont le rôle est de lever la corde ou de la baisser lorsque le maitre des séants le leur demande. Ici, "on contrôle l’accès port" lance un des gardiens la corde à la main et l’œil sur le camion qui tente en vain de traverser. Mais de l’avis d’un des camionneurs "lorsque le gendarme se rend compte qu’il n y a pas l’accès port, on négocie même à 5 000 Fcfa", sans reçu. Les tractations ici à l’entrée Nord du port, cause des embouteillages énormes à cause de ceux qui s’empressent, ceux qui restent à leur cabine pour discuter et ceux qui laissent la voiture en pleine chaussée pour rentrer dans ce qui tient lieu de poste de gendarmerie.

Devant ce poste, près de trois colonnes d’engins de différentes formes et longueurs se forment et du coup, pas moyen d’entrer lorsqu’on n’est pas armé de patience. Mêmes les employés des magasins situés aux encablures doivent attendre avant de franchir leur portail. Encore que traverser ce poste, il faut faire la queue pour les transporteurs de bois quel qu’en soit la forme de ce dernier. "Je suis là depuis 9h, je vais attendre même jusqu’à 17h" indique Aliou qui attend sagement abord de son camion en provenance du Tchad. Parfois, poursuit-il, "tu peux entrer au parc et faire même encore 2 jours avant de ressortir". A la question de savoir pourquoi, il rétorque que " hahaha, si tu ne paies pas tu vas passer comment non".

 Transport de marchandises

Sur cet axe, la patience se contamine. Même les camionneurs en attente des marchandises provenant des magasins situés le long de cet axe ne sont pas au bout de leur peine. "Je suis là depuis lundi (il y a une semaine, Ndlr) mais ce n’est que samedi qu’on m’a mis la balise et j’attends en ce moment le bordereau pour repartir" confie Yaya allongé sur sa natte au bas de son camion. Son collègue Saidou qui est arrivé mercredi de la semaine dernière a lui aussi reçu la balise et attend comme Yaya, le bordereau pour reprendre la route.

Ils sont une vingtaine de camionneurs transportant pour la plupart des aliments conditionnés visiblement appartenant au Programme alimentaire mondial (Pam) pour les réfugiés au Tchad. Certains ne pouvant plus patienter ont décidé d’abandonner. "Il y a un gars qui avait déjà fait 13 jours ici, son patron lui a demandé de partir, il a déchargé sa marchandise et est parti" témoignent nos deux interlocuteurs.

 Par ailleurs, dans cette attente, le dessous de leur camion respectif  leur sert d’abris en journée et de chambre à coucher la nuit tombée. On peut y voir un oreiller sur une natte et un pagne ou une étoffe et de l’eau. En guise de solidarité de corps, ils se rendent mutuellement visite et ne doivent pas s’éloigner de leur engin. "Il y a des cambrioleurs qui rodent" indique Yaya. La nuit, la vigilance est de mise car, "chacun doit rester à côté de sa voiture" sinon, "ces cambrioleurs viennent démonter des pièces ou prendre des sacs". Pour se nourrir, ils doivent attendre les vendeurs ambulants.

 A notre départ des lieux, personne ne peut savoir avec exactitude quand ils prendront le chemin retour.

 Paul- Joël Kamtchang, première publication dans le quotidien Emergence

 

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