
L’un des plus célèbres adages du siècle dernier rappelait fort opportunément que « tant que Yaoundé vit, le Cameroun respire ». A la lumière de ce que j’ai vu à Garoua, deux hypothèses transparaissent : soit Yaoundé vit et le Cameroun ne respire plus ou alors, soit Yaoundé a cessé de respirer et le reste du pays avec. Cette phrase bien aimée des Camerounais est morte, depuis que la mal gouvernance et la gabegie ont pris le pas sur le bien-être pour tous. Pire, lorsque vous êtes à Garoua où la réalité des tous petits semble être une originalité de cette partie du pays. Trouver pour excuses les réalités socioculturelles semble être un signe de lâcheté et donc, impardonnable. Sinon, comment comprendre que par endroit, l’Etat fuit ses responsabilités parmi lesquelles, la consolidation de ce qu’il appelle joyeusement « fer de lance de la nation ». De toute évidence, il apparait que même les élites sont incapables d’offrir du sourire aux enfants de leur contrée natale à l’instar de Yao Aissatou et de l’empire Bayero Fadil. Je me souviens qu’il y a quelques temps, interpellant Bayero sur le sourire offert aux enfants du Qatar, je lui rappelais que cette même joie pouvait se partager avec les enfants des ménages situés à l’arrière plan de ses usines de Ndokotti à Douala. Ces enfants comme leurs parents, subissent les foudres de la pollution de ses usines. Lorsque ce ne sont pas des eaux souillées chargées de déchets chimiques hautement toxiques, c’est la fumée rejetées par la cheminée qui détruit la couche d’ozone et expose la santé de ces enfants. Je me souviens que sous présentation des photos que j’avais faites à l’avance, cela m’a valu des menaces qui n’étaient que passagères et aujourd’hui, le temps me donne raison avec ce que j’ai vu à Garoua.
Ce que j’ai vu à Garoua me laisse pantois quant aux Objectifs du Millénaire pour le Developpement (OMD) dont le Cameroun devrait atteindre dans 2 ans. La santé occupe d’ailleurs une place non négligeable dans ce concept auquel l’Etat du Cameroun a librement adhéré. Ce que j’ai vu à Garoua ressemble aussi à une scission de l’Etat opérée grâce aux intérêts politiques qui mettent en péril la vie de nombreux enfants. Ces enfants qui meurent en fait d’ignorance sous le regard impuissant de leur parent à qui l’on ne peut donner des rudimentaires en la matière. Ces parents infantilisés par le politique qui à l’occasion d’un meeting politique reçoivent du riz, au lieu de garnir les centres de santé, reçoivent de l’huile au lieu des supplémentations en vitamine, reçoivent des bières au lieu de soutenir les Agents Relais Communautaires (ARC) qui au quotidien, rapprochent le malade de l’hôpital. C’est certainement peu si je m’offusquais qu’en effet, depuis au moins 5 ans, le centre de santé de Lamoudaré situé à une quarantaine de kilomètre de Garoua, fort de ses 11 000 âmes, n’a pas reçu le petit coup de pouce d’une élite de la localité. Pourtant, cette élite traverse cette fabuleuse ville pour investir des millions de Fcfa pour des motions de soutiens et de déférence, pour des meetings politiques qui n’apportent finalement rien aux électeurs abandonnés à leur triste sort et dont la mort est le meilleur compagnon. Si c’est dans cette partie du pays que la malnutrition sous toutes ses formes atteint la côte d’alarme, c’est dire que les politiques publiques en matière agricole ont échoué avec fracas. La sécurité alimentaire brandit par les thuriféraires du régime de Yaoundé n’existe que de slogan et est donc, un gadget politique. C’est dire, sans risque de se tromper que les stratégies de péréquation du ministère de l’Agriculture et du Developpement rural ainsi que celles de la Santé ne sont que des coquilles vides sans réels impacts pour les bénéficiaires.
A ce que je sache, la partie septentrionale fait belle et bien partie du territoire camerounais, idem pour ces enfants qui sont à part entière des camerounais et devraient bénéficier des même attentions afin d’assurer leur devenir, celui de la nation.