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"Une femme est violée toutes les minutes"

Que nous vaut l’honneur de votre présence au Cameroun en ce moment ?

Le Cameroun a des conditions beaucoup plus appréciables, c’est pour ça que je m’exile aujourd’hui au Cameroun eu égard à la situation qui prévaut chez nous et eu égard à la situation des leaders. Je voudrais fait écho de la situation de la masse paysanne de Centrafrique qui est la première victime de ce qui se passe chez-nous en ma qualité de secrétaire général de l’Association des paysans de Centrafrique. Je voudrais signifier que cette masse là est victime de viol, de massacre, de chantage de la Seleka. Elle les subit au quotidien dans le pays tout entier. La remarque que je dois faire, c’est qu’avec les exactions en cours, une femme est violée toutes les minutes, surtout en milieu rural.

Quelle était la situation humanitaire au moment de votre départ de la Rca.

La situation humanitaire en Centrafrique était et reste dramatique. La rébellion cherchait à gagner du terrain, mais aujourd’hui, je puis dire que les dégâts collatéraux sont perceptibles. Les membres de la Seleka continuent de violer, de piller même dans Bangui au vu et au su de tout le monde. Ils ont pillé l’archevêché, ils ont pillé la cathédrale, des sœurs (religieuses Ndlr) ont été violées. Nonobstant la prise du pouvoir par l’un d’eux, les choses s’empirent même en province. En campagne, c’est la même chose, on viole les jeunes filles devant leurs parents après avoir ravi la nourriture de réserve à ces paysans. Maintenant, au-delà de tout cela, vous avez notre fleuron industriel qui est complètement détruit, vous avez des industries qui ont été saccagées. Quand nous parlons de drame humanitaire, c’est un tout.

Il se dit que les industriels les plus importants du pays subiraient du chantage de la part de la Seleka. Vous confirmez ?

Les opérateurs économiques, les représentants diplomatiques présents à Bangui et ailleurs dans le pays, subissent effectivement le chantage, sont raquettés. Nonobstant cela, tout en payant, les gens continuent de piller. Quand, je vois la société qui emploie le plus dans le pays, après avoir payé de fortes sommes d’argent à ses bourreaux, elle a été pillée il y a quelques jours de cela. Le fleuron de notre industrie en province, j’ai vu après avoir dépensé plus de 2 milliards, n’est pas tranquille. Je ne sais pas, on se demande pourquoi tout cela. Autre choses et la plus grosse erreur, c’est le fait de détruire les cadres de formation, ces cadres de formation et d’enseignement, les écoles et autres. Tous l’espoir de ce pays, repose sur le système éducatif maintenant qu’il est détruit, que va devenir le pays ? Voilà le gros du problème. Au-delà du matériel, il y des vies humaines, le destin de toute une nation qui est hypothéqué.

Qu’entendez-vous faire face à cette situation ?

Il faut que ça s’arrête, tous ces viols, tous ces pillages, cette situation chaotique, il faut mettre un terme à cela. Je pense qu’une démarche devrait s’inscrire dans le sens de la dénonciation. Car, se taire signifierait qu’on joue à leur jeu, le jeu des tyrans. Le combat que nous allons mener, c’est dénoncer cela, alerter l’opinion nationale et internationale sur la gravité de la situation. Il faut arrêter ça, c’est par décence que je ne veux pas relater certaines choses. Vous vous imaginez à un moment de la progression de la Seleka, ce dernier est tombé sur un proche du président, ils l’ont égorgé en observant un rituel. Il y a un de mes collaborateurs qui a été égorgé en suivant ce rituel là. On vous demande de bêler comme la chèvre, pendant que vous le faite, on vous tranche la gorge. Voilà des atrocités qu’on vit en Rca, des violences contre lesquelles il ne faut pas se taire. Dans un village que je connais, il y a une trentaine de femmes qui a été abattues sommairement, d’autres battues au vu et au su de tout le monde sans que personne ne dise rien.

Vous êtes l’une des victimes vivantes de ces dommages collatéraux, avez-vous une proximité avec le président déchu ?

Je n’ai aucune proximité avec le président Bozizé. Tout comme ces opérateurs économiques et ces braves paysans. Le président n’avait pas de proximité avec la plupart des personnes qui ont été massacrées ou des promoteurs d’industries qui ont été pillées, ce sont tout simplement de brave citoyens. Moi-même, je ne suis pas de sa région, pas de proximité de quel que manière que ce soit, je suis un opérateur économique qui paie des impôts, qui crée des emplois et de la richesse, qui construisait le pays. Nous dégagions une partie de nos bénéfices pour faire de grandes réalisations pour le pays, il n y avait aucune proximité avec les autorités. De même que ces braves paysans qui construisaient le pays, quoique n’ayant pas une proximité avec le président, leurs femme et enfants ont été violées, leurs maisons détruites. Aujourd’hui quand on pille des ambassades, quand on pille la Bad (Banque africaine de développement Ndlr), il n’y a pas de proximité avec le président Bozizé. Et même s’il y avait une proximité, est-ce normal qu’on puisse violer, qu’on puisse piller ? Non, même si c’était le cas, ce n’est pas normal parce que les gens qui sont proches du président Bozizé ne méritent pas la mort dans ce cas.

Finalement qu’est-ce qu’il faut retenir de la Seleka ? Ce sont des Centrafricains montés contre eux-mêmes ?

Partant de ce principe, je dirais que tous nos frères des autres pays sont chez eux en Centrafrique. Lorsque quelqu’un arrive en Rca, pour moi, c’est un Centrafricain. Je pense plutôt que ce sont des bandits qui perpétuent ces actes et il faut le dire, les bandits sont en prison. Ils doivent répondre de leurs actes devant la justice nationale et internationale. Il faut arrêter ça, les bandits là avec, leur place ce n’est pas là-bas. Vraiment, eu égard à la situation qui prévaut, il faut trouver une solution immédiate et urgente.

Quelle est la solution selon vous ?

Je pense que tous ensemble avec des personnes de bonnes volontés, ceux qui se sentent concernés ou affligés, qui ont de la compassion. Par rapport à tout ce que ces paysans subissent, ces paysans qui représentent 80% de la population, tous ensemble nous  devons voir ce qui est bon pour les victimes. Je pense que ceux qui ont perpétré ces actes, devront répondre devant la justice internationale. Toutes les organisations humanitaires devraient se saisir de l’affaire, et je pense qu’il faut de la pression pour pouvoir contenir tout ça et arrêter tout ça.

Pour vous, ce n’est pas le pouvoir actuel qui pose problème ?

Quoiqu’on dise, les responsabilités sont partagées. On ne saurait dédouaner une partie au détriment d’une autre. Je dis bien que ceux qui doivent payer, ce sont les responsables de la Seleka et leurs complices. Aujourd’hui, on a un leader qui ne dit mot et qui ne dit mot consent. Il est complice de cette situation là. Aujourd’hui quand on raquette les entreprises, ce ne sont pas les soldats, ce sont les responsables et tous ceux-là doivent répondre de leurs actes un jour. Si ce n’est pas devant la justice internationale, ce sera devant la justice nationale. En Afrique comme ailleurs, il faut travailler pour se réaliser. Vraiment, la destruction, le vol et le viol, ça n’arrange pas les choses.

Propos recueillis par Paul-Joël Kamtchang

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