L’ancien chef de la division régionale de la Société de Presse et d’Editions du Cameroun (Sopecam) du Littoral informe par un post sur son mur facebook, qu’il a quitté la Sopecam depuis deux jours (NDLR : 03jours) pour d’autres aventures et challenges. Même si Alain Tchakounté n’a pas décliné les raisons de ce départ surprise de l’entreprise de presse publique, il faut lier cette démission à son remplacement il y a un peu plus d’une semaine par Amand Essogo à la tête de la Sopecam-Douala. Limogé de son poste, Alain Tchakounté avait été nommé comme chef du département de la publicité à la Sopecam Marketing and Communication, une filiale de la Sopecam. Les nominations intervenues le 30 juin dernier ont fait des gorges chaudes au sein d’une maison dont la gestion tribale de Marie Claire Nnana, le directeur générale est fortement décriée ces dernières années. Dans la maison, l’on parle d’une dérive tribale qui inquiète certains employés.
En effet, des sources internes à la Sopecam soulignent que les postes-clés de la Sopecam sont de plus en plus concentrés entre les mains du clan Beti. Mais ce départ de l’un des journalistes les plus dévoués du journal de la rue de l’aéroport intervient au moment où les contrôleurs d’Etat du Contrôle Supérieur de l’Etat (Consupe) s’apprêtent à rendre leur rapport d’audit après près de deux ans de séjour à la Sopecam. Mais déjà, les fins limiers de cette auguste institution d’audit ont redressé plusieurs situations rocambolesques découvertes lors de leurs inspections. On cite par exemple, les recrutements et les reclassements fantaisistes. Dans le dossier du personnel, les contrôleurs sont tombés sur plusieurs curiosités. Hormis leurs positions à des postes stratégiques, les employés proches de Madame le Directeur Général sont tous surclassés. C’est ainsi que des cadres, membres de sa famille et assimilés sont placés à la 11ème et à la 12ème catégorie dès leur recrutement. Autres curiosités, la plupart des postes stratégiques se trouvent entre les mains des membres de la famille du DG et des employés issus de l’aire culturelle Béti. Au niveau de l’administration, la famille du DG a fait main basse sur tous les postes juteux. La très puissante Mme Fouda Ntsama Isabelle qui régnait sur le service des affaires générales, une sorte de bureau fourre-tout, vient d’être propulsée comme chef de la division des Affaires générales et des Ressources humaines. La logique du remplacement numérique a certainement conduit Marie-Claire Nnana à confier ce service stratégique à son neveu Zoa Abena. Au personnel, Zibi Marie-Thérése épouse Ngamou, une autre nièce, dont l’incompétence et l’incapacité crèvent les yeux, continue de brouiller le dossier du personnel. Son époux, Alain Georges Ngamou qui avait aussi droit à tous les avantages prévus par son mariage avec la nièce du DG, a préféré jeter l’éponge avant de s’envoler pour l’Allemagne. Il n’a pas pu supporter affronter les inspecteurs envoyés par le ministre Henri Eyebe Ayissi.
A la publicité, Rosalie Ndongo, une autre nièce, chef de département de l’Exploitation (sous-directeur) fait office de Directeur Délégué de la Sopecam Marketing and Communication (SMC). Elle a eu toutes les peines du monde à justifier devant les contrôleurs d’Etat du Consupe sa classification comme cadre commercial, elle qui a débarqué à la Sopecam avec un BTS en hôtellerie et tourisme.
Règlement des comptes
Mais les dernières nominations ont davantage dévoilé au grand jour la volonté du DG de régler les comptes à ses « ennemis » de la maison. Parmi ces personnes, Raould Dieudonné Lebogo Ndongo emmené de Douala il y a trois ans pour diriger la Direction de la Rédaction de Cameroon Tribune (DRCT). Ce journaliste qui fut un confident du DG lorsqu’il était chef de la division du Littoral a fini par être rangé parmi ses mal-aimés. A la SOPECAM, l’on raconte que les malheurs de Lebogo sont à chercher dans sa popularité auprès du personnel et surtout dans son bon carnet d’adresses. Elle lui reprocherait ses relations avec les hautes personnalités de la République. Casé dans un premier à la SMC où l’intéressait n’avait plus la possibilité de s’exprimer (journalistiquement), il vient d’être expédié à la toute nouvelle Division des études, la prospective et de la production de la statistique. Sa situation est moins grave que celle de Martial Mendomo, ancien Daf et ancien de la division de l’Audit interne. Lui est considéré par le DG comme l’un des informateurs du Consupe et d’autres institutions de lutte contre la corruption. Depuis l’arrivée des contrôleurs du Consupe, sa division a été mise en veilleuse. A la Sopecam, l’on raconte que Marie Claire Nnana voudrait absolument se débarrasser de cet expert comptable devenu gênant et encombrant. C’est ce qui justifie peut être sa rétrogradation récente comme chef du tout nouveau pôle commercial de Kribi. Relégué au rang de chef de service, il devra choisir désormais entre abandonner ou accepter la mort dans l’âme cette descente aux enfers. Parmi les cibles de Marie-Claire Nnana, Gustave Léopold Ngane l’aura échappé bel. Mis à la touche depuis quelques années, cet administrateur civil principal de classe exceptionnelle paie le prix de ses liens avec les hautes personnalités de la République. Il est parmi les grosses têtes que le DG soupçonne de travailler à sa succession. Vissé au poste de Conseiller technique depuis 10 ans, il vient d’hériter le poste de chef de la division de contrôle de gestion fourgué par le très puissant homme de main, Georges Olinga Biyo’o promu DAF.
Marginalisation et tribalisation à outrance
Le plus grand mal de la SOPECAM ces dernières années, c’est la tribalisation à outrance de sa gestion et la marginalisation flagrante des employés issus de certaines régions. A la SOPECAM, il ya désormais deux groupes : les ethnies privilégiées qui se recrutent dans l’aire culturelle Beti. Celles-ci sont naturellement accès à tous les avantages de la maison : missions à l’étranger, postes stratégiques. On retrouve en première ligne tous les ressortissants du grand Sud (centre, sud). Au Desk central de Cameroon Tribune (CT), sur les six chefs de service, 4 sont du centre (politique, société, étranger, sports). Les deux Rédacteur-en-chef répondent également à ce critère. Mais le tout puissant Rec, Yves Atanga est en réalité le véritable patron de la rédaction. Le directeur Badjang a été maintenu pour ses services occultes et surtout sa grande capacité de retourner ses vestes. Selon des sources internes, les recrutements à la maison sont décidés par Yves Atanga. C’est lui aussi qui décide de qui envoyer en région lorsqu’un journaliste ne lui cire plus les bottes ou lui oppose une certaine résistance. A la SOPECAM, on dit que ce fils d’Etenga change de passeport tous les six mois pour renouveler les pages des visas.
Si les Anglophones réussissent à s’imposer c’est à grâce à la logique de la doublure des postes au Cameroun pour épouser la politique générale du pays. Les autres groupes ayant voie au chapitre sont les Bassas. A la Direction de CT, Badjang porte les intérêts du groupe Bassa. Du côté de l’administration, le très inamovible et doyen Koue Jean-Baptiste (retraité depuis 5 ans) fait le reste. Les intérêts des ressortissants de l’Est sont jalousement assurés par le PCA, Joseph Anderson Lee. Le DG ne badine pas quand il s’agit des protégés du directeur adjoint du cabinet civil de la présidence de la République. C’est grâce à lui que l’ancien journaliste de la CRTV Alex Mimbang a parachuté dans la maison il ya un peu plus de 3ans. Il est directement propulsé à la tête de la division régionale de la Sopecam du Littoral. A peine 11 mois passés à Douala, Alex Mimbang est nommé le 25 décembre 2011, Directeur Commercial et Marketing de la SOPECAM.
Les laissés-pour-compte…
Les marginaux de la maison de toute évidence, sont les Bamilekés et les Nordistes. Bien qu’en grand nombre au niveau surtout de l’aile technique et administrative, les "Bami" vivent des frustrations à nulle autre pareille. Un peu chouchoutés pendant les lointains règnes de Zambou Zoleko et de Paul Tessa (de regrettée mémoire), les ressortissants de l’Ouest sont aujourd’hui relégués au second plan. Jusqu’aux dernières nominations, ils avaient un seul poste de directeur opérationnel : Gabriel Kamudem Kouoh à la DAF. Ce dernier vient de perdre son poste et nommé Conseiller technique N°2. Les anciens comme Fidèle Tsague se tournent les pouces dans des bureaux-garages à la DG. Les employés ressortissants du Grand Nord font partie des groupes marginaux de la maison. Sur l’ensemble des responsables centraux de cette société parapublique, aucun nordiste n’occupe le poste de directeur, moins encore de chef de service. Les seuls ayant ces profils ont été oubliés en région. Depuis près de 10 ans, ils sont confinés aux fonctions de chef d’agence (rang de chef de service). Il s’agit notamment de Grégoire Djarmaïla, éditorialiste et chef d’Agence de l’Extrême-Nord et d’Olivier Lamissa Kaikai, chef d’Agence de l’Est. Ces deux journalistes qui totalisent plus de 10 ans chacun à la SOPECAM, ont été écartés de la gestion centrale depuis plusieurs années. Les différentes textes de nomination les ont toujours soient maintenus à leur poste, soient mutés ailleurs. C’est le cas de la récente décision du 30 juin 2014. Sur la liste des 32 responsables promus aux divers postes de directeur, sous-directeur et assimilés, aucun nom d’un ressortissant du Grand Nord y figure, si ce n’est que les deux chefs d’agence nordistes maintenus. Si Grégoire Djarmaila peut se satisfaire de son grade d’éditorialiste, il en va autrement pour Olivier Lamissa Kaikai, Daniel Ibrahima, Patrice Mbossa, Dikwe Fodambele, Félicité Bahane, Joël Maman, Didi Aissatou et les autres condamnés à faire les chiens écrasés. A la Direction commerciale, Mme Fadimatou Oumarou est confinée depuis 2009 au poste de chef de bureau de la commande et des livraisons. A la DAF, Nasser Amadou fait le sale boulot au bureau du personnel pendant que les autres se la coulent douce. A la SOPECAM, la carte du Cameroun n’a pas les formes d’un triangle national. L’équilibre régional tant prôné par Yaoundé semble alors une affaire de certains en fonction de leurs intérêts. Sacré Cameroun !
Paul- Joël Kamtchang