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Projets structurants : le gouvernement et le patronat s’accusent

Dans les couloirs les plus huppés de Yaoundé, le nom d’André Fotso, président du Groupement interpatronal du Cameroun (Gicam) revient plusieurs fois. Il est notamment accusé de n’avoir pas réussi à réunir les opérateurs économiques pour rafler des parts importantes de marché dans le cadre des projets structurants en cours au Cameroun. Des textes sont même montrés au reporter comme preuve. C’est que, rapporte l’interlocuteur, l’Etat voulait recourir au Groupe d’intérêt économique (Gie) pour impliquer les Camerounais à tous les niveaux des projets dits structurants : Complexe industrialo-portuaire de Kribi, barrages et réservoirs de Lom-Pangar, Mekim, Mbalam, 2nd pont sur le Wouri etc.

Notre source argue que "André Fotso avait été choisi parce qu’il est promoteur de 3T", une société de manutention portuaire basée du coté Sud du port de Douala. Aussi, en raison de sa proximité avec Louis Paul Motaze qui gère l’essentiel des projets structurants. Sa casquette de président d’une organisation patronale aura été celle qui a fortement milité à son choix. Seulement, apprend t-on, dans la liste présentée au gouvernement, certains noms qui n’ont pas de rapport avec les milieux économiques camerounais ont été inscrits. Pour des raisons "d’appartenance aux loges, d’église et de chapelles religieuse" certains noms très connus des couloirs économiques de Douala n’ont pas figuré sur cette liste, d’où le rejet du gouvernement et le dévolu jeté sur des multinationales.

Une dame proche du dossier qui a requis l’anonymat confie que "nous avons organisé plusieurs réunions à Douala pour sensibiliser les opérateurs économiques, mais personne n’a voulu s’intéresser, on nous envoyait les cousins et les frères qui ne travaillent même pas dans ces structures". Et son collègue de renchérir, "vos grosses entreprises que vous avez à Douala là, ce n’est que le nom". Et de poursuivre "on les a bousculé comme on pouvait, mais les luttes de positionnement n’ont pas favorisé notre souhait". Les mêmes sources indiquent par exemple que Fokou avait été choisi par le Cameroun comme étant "la société qui devait livrer le fer et le ciment" au chantier de Lom- Pangar. "Mais lorsque l’équipe de contrôle a commencé son travail, on s’est rendu compte que le fer que Fokou livrait n’était pas conforme à la norme" d’où son retrait du circuit.

Vérités ou balivernes

Joint au téléphone, André Fotso président du Gicam s’est indigné des accusations portées sur lui. "C’est quoi cette blague là" s’est-il interrogé. "En ce qui me concerne, si vous me connaissez comme président du Gicam, je me bats pour que les entreprises camerounaises aient au moins 40% des marchés dans le cadre des projets structurants" a indiqué ce puissant homme d’affaires de plusieurs entreprises. Et de poursuivre, "je suis en déplacement, vous n’avez pas besoin de me rencontrer pour ce genre de chose, c’est une blague sur ma personne, mais à l’occasion, on se verra". Avant de finir, "je me bats tous les jours pour les entreprises".

Protais Ayangma, président d’Entreprises du Cameroun (Ecam), une autre organisation patronale du Cameroun que nous avons eu au téléphone, dit ne même pas être informé que le gouvernement aurait contacté des entreprises à Douala. "Je n’ai pas été contacté, ni moi, ni le patronat" a-t-il indiqué. Selon lui, "la commande publique au Cameroun représente plus de 3 000 000 000 Fcfa, mais les entreprises camerounaises ne sont pas impliquées". Plus grave, Protais Ayagma fait remarquer que "imaginez vous qu’après une prestation, 2 ans après la Pme (Petite et moyenne entreprise Ndlr) n’est pas payée".

De toute évidence, il apparait que "le volet parties-prenantes n’a pas été pris en compte ou mal édifié ou analysé" pense Ayié Lucas, économètre et économiste. Ce qui fait penser à ce spécialiste de l’économie du développement qu’"il ne fait aucun doute que les Gie ont été écartés sciemment". Et de poursuivre, "on peut dissimuler les informations par mauvaise foi, par ignorance ou par refus d’associer les spécialistes du management des projets". Le spécialiste y voit déjà de graves menaces sur l’économie nationale. Il pense notamment à la diminution de la richesse globale, la compromission de l’émergence. Surtout, pense t-il, le chômage ne pourra pas substantiellement régresser. Il pense aussi à la fuite des capitaux. "Notre économie ne pourra pas être compétitive et dynamique" prévient-il.

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