En signant le 05 aout dernier, le texte réglementant l’importation des motos au Cameroun, le ministre du Commerce vient de démontrer une fois de plus, la banalisation des problèmes de la société profonde camerounaise. Ce fein connaisseur des politiques commerciales de la banane sur le marché mondial, se serait mêlé les pédales, engageant tout un gouvernement. La mesure aurait été salutaire si l’énoncé avait pris un temps soit peu, les aspirations de la société profonde et le contexte local. Cet arrêté gouvernemental (se situant dans le prolongement des recommandations de la session du Comité interministériel d’assainissement et de suivi de l’exploitation des motocycles à titre onéreux, tenue le 29 mai 2013) vient ouvrir non seulement la voie à la grande corruption administrative puisque dorénavant, il faudra être détenteur d’un agrément. Ce sésame ne s’obtiendra pas aux premières heures de l’aurore, connaissant les habitudes de notre administration. Il faudra, être soit recommandé, soit appartenir à un cercle restreint ou frataire, car être "inscrit au fichier des importateurs" n’est pas donné au premier venu, encore moins au Camerounais ordinaire. Une fois de plus, l’économie nationale prendra un sérieux coup parce que extravertie et profitant à une poignée de copains comme c’est le cas avec la farine de froment, le riz et bien d’autres produits qui s’importent à cout de milliards Fcfa par an. Une attitude qui n’est pas de nature à développer les technologies locales et à encourager la créativité.
L’acte en soit aurait été bénéfique pour les "défenseurs" des intérêts de l’Etat s’ils s’étaient limités à la traçabilité. Ces motos traversent bien les frontières aussi terrestres que maritimes avant de se retrouver sur le sol et donc contrôlables. Elles ne viennent surtout pas du ciel comme la pluie dont les gouttes ne peuvent être comptées. En Sachant que cet acte ministériel découle d’une solidarité gouvernementale, on se serait attendu à ce que le gouvernement monte d’un cran pour résoudre une fois pour tout, les vrais problèmes qui minent le secteur des motos au Cameroun. Que le ministre du Commerce et ses collègues revoient par exemple le cout du casque exigible et dont le port fait l’objet de complaisance, accentuent la formation des opérateurs du secteur. Que la sécurité sous toutes ses formes soit prise en compte afin d’assainir le secteur. Réguler la circulation dans les grandes métropoles et limiter les dégâts. Bien plus, que lutte Magloire Mbarga s’attaque à la vie chère. Il faut le dire sans détour, très peu de Camerounais mangent à leur faim, varient le menu de leur nutrition. Que les routes soient faites pour faciliter l’accès des denrées de l’arrière pays vers les métropoles et non vers les pays voisins. Que Luc Magloire Mbarga interdisent la commercialisation du riz à vil prix vers le Tchad et le Nigéria produit par les agriculteurs encadrés par la Semry (Section de modernisation de la riziculture de Yagoua). De toutes les richesses que la bureaucratie bourgeoise a prises au bas peuple, le secteur de mototaxi reste le seul rempart pour cette catégorie de citoyens qui ne peut s’acheter un concours à l’Enam, à l’Emia, à l’école normale, à la FMSB etc ou dans les grandes écoles à intégration directe contrôlées par Yaoundé après des diplômes accumulés au long des espoirs phagocytés par une patience effritée.
Une réalité balayée du revers de la main
D’après une étude menée par Bekolo Minkoumou alors sous-directeur en charge de l’entretien routier au ministère camerounais des Travaux publics, 95% de citoyens assurent leur transport par moto dont 40% à Douala et 30% à Yaoundé. L’auteur de cette étude situe à 80% dans les trois régions septentrionales du Cameroun, les personnes qui utilisent les engins à deux roues comme moyen de locomotion. Une autre étude révèle que plus de 50 000 familles au Cameroun sont nourries grâce aux activités de mototaxis communément appelé "benskin" dont une bonne frange se trouve dans les grandes villes du pays. Pire, pour avoir sa propre moto pour le transport de ses enfants, les travaux personnels et autre déplacement de routine, il faut obtenir au préalable l’autorisation du Mincommerce. La mesure stipule notamment que "s’agissant de l’importation à des fins non commerciales, elle est subordonnée à l’obtention d’une autorisation préalable délivrée par le Mincommerce". Une aberration en somme qui mérite que le ministre se rebiffe afin d’éviter cette nouvelle bêtise. A la lecture de ce qui précède, force est de reconnaitre que le nombre d’importateurs devra baisser, faisant l’affaire d’une poignée de personnes. Au regard des pièces à fournir et des conditions à remplir, force est de reconnaitre que cela ne se fera sans répercussion sur le dernier consommateur. Le but du commerce étant le bénéfice à tous les prix, ordinairement, les motos chinoises dont les prix oscillent jusqu’à 350 000 Fcfa seront forcément revus. On pourra alors remonter au temps où les motos de marque Honda, Yamaha etc coutaient 1 000 000 Fcfa. Du coup, le consommateur final devra trinquer car, c’est à lui de supporter les charges. A cela, il faut ajouter que celui qui décidera d’en faire un "benskin", devra s’acquitter des frais du fisc, souscrire obligatoirement à une police d’assurance obligatoire et autres obligations qui coutent les yeux de la tête. Toute chose qui fait croire que Yaoundé veut asphyxier ceux qui ont choisi ce créneau pour activité afin de nourrir de milliers de familles. On pourra aussi noter dans les jours à venir, une baisse du taux d’emploi dans ce secteur avec une incidence immédiate sur l’économie locale.