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Le Calvaire des camionneurs au Port de Douala

C’est jeudi, il est un peu plus de 11h30, le soleil est au zénith. Du coté Sud du port de Douala, circuler de l’entrée au lieu dit messapresse relève d’une véritable gageure. Une file interminable de camions s’étend à perte de vue sans réel mouvement vers le parc à bois qui est leur destination finale. Entre ces mastodontes de la route, des motos ne pouvant venir de Bonanjo se faufilent et parfois aux intersections, des heurtes se produits et les conducteurs ne peuvent s’empêcher de s’échanger quelques mots méchants, chacun voulant avoir raison.

Au lieu dit Messapresse, le dernier camion doit s’assurer que celui qu’il suit a bouger sur un grand espace pour traverser le carrefour. La levée de poussière provoquée par les grosses voitures est quelque fois si intense que les autres camions et motos allant vers la base navale perdent complètement la visibilité. Au loin, des barrières de sécurité constituées d’agents de la police, de la gendarmerie, du ministère de l’environnement communément appelé "eau et forets" et de la Douane veillent au grain. Pendant ce temps, chaque camionneur veille à ce que la distance ne se creuse pas beaucoup entre lui et celui qui est devant. "Là où je suis là, je ne peux même pas dormir" confie Serge, chauffeur transportant trois grosses billes de bois en provenance de l’Est- Cameroun. Pourtant, "Je suis là depuis 4h" poursuit-il. Au moment où nous discutions, il était 14h30, il se trouvait encore au niveau de la place de l’Udeac.

Comme lui, ils sont nombreux par jour à subir les frasques du manque d’espace au port de Douala. "En fait, il n y a pas de place au port" tente d’expliquer Joseph conducteur de camion en provenance aussi de l’Est du pays. Pourtant, Haliyou qui est aux portes du parc à bois, a passé 2 jours entre l’entrée Sud et ce niveau du port. En provenance de Centrafrique, depuis ce temps passé à l’intérieur du port, pour s’alimenter "on attend les vendeurs ambulants auprès de qui on s’alimente" déplore t-il. Et même étant à l’entrée du parc, rien ne présage que la souffrance s’arrête là. "La dernière fois que j’étais ici, je suis entré au parc à 15h, mais j’ai déchargé à 22h" indique Joseph.

Pour comprendre la situation, les camionneurs avec qui nous avons eu des conversations indiquent qu’"il y a désordre ici". Et de poursuivre, "lorsqu’un agent voit son heure arriver, il prend sa motivation à plusieurs d’entre nous. Une fois son collègue arrivé, il refuse de nous servir parce qu’il n’a pas eu sa part". Ces camionneurs précisent qu’il y a quatre barrières à traverser avant d’arriver au parc à bois. "A chacune de ces barrières si vous voulez traverser sans problème, il faut laisser au moins 500 Fcfa par barrière pour voir votre livre de voiture signé". Sinon, "celui qui a payé avant vous va vous doubler" lâche Joseph. Pendant que nous discutions, un camion est sorti de la file d’attente et joseph de dire "voilà ce qu’on vous a dit, il a quelqu’un qui a payé pour lui, il va décharger". A ce qu’il parait, même après avoir payé à ces barrières, un autre calvaire commence alors dans le parc à bois. "Parfois vous arrivez, on vous dit qu’il n y a pas de machine pour vous décharger alors que de l’autre coté, vous l’apercevez entrain de travailler" fulmine Haliyou.

Toute tentative d’accéder au parc s’est butée à un refus des agents en faction. L’espace étant interdit au public et par une autorisation fruit d’une longue procédure pour les journalistes. Quant aux agents dans les différents postes de contrôles, ceux-ci se sont montrés très hostiles à l’approche du reporter. "Vous êtes  gendarme comme moi" demande un agent.

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