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Enquête/Dschang : Comment l’actuel maire a jeté l’éponge

Ce qui est arrivé à Dschang à l’occasion des investitures dans le cadre des joutes politiques à venir, n’est que le couronnement de la crise de 2010. Le maire qui se trouvait dès lors sur le gril croyait résister à l’opposition farouche de certains conseillers municipaux aidés par des autorités administratives, traditionnelles et par des lobbies d’affaires dont les ficelles étaient tirées entre Nantes, Douala et Yaoundé. Que s’est-il exactement passé pour que le maire qui a vaincu la fronde de 2010 jette l’éponge ? La conjonction de cette opposition farouche et résistante a-t-elle finalement ébranlé le Dr Bernard Momo ?

Dans son entourage immédiat, l’on crie au complot. "On lui a proféré des menaces allant même jusqu’à lui promettre la mort" confie un cadre de la commune de Dschang. "Ce sont les pressions qui l’ont fait céder" conclu cet employé sous cape. Dans sa famille, celle qu’il partage avec le recteur de l’université de Dschang, on accuse ce dernier d’avoir été à la manœuvre. Le chef foréké dont Momo Bernard est l’un des 7 notables aurait été selon les témoignages, monté par le recteur pour s’allier à la liste du camp d’en face. Son nom figure bel et bien dans la liste transmise à Elecam par le comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc). "Le recteur a mis en jeu 60 000 000 Fcfa pour avoir la tête du maire" indique une source familiale. Joint au téléphone, le magistrat municipal sortant déclare que "ce n’était pas facile". Avec de poursuivre, "je ne pouvais plus composer sur la même liste avec ceux qui ont passé le temps à me déranger". Si ses bourreaux y ont été pour beaucoup, il va sans dire que le stress, la fatigue et les divergences accumulés depuis 6 ans, n’ont pas été de nature à permettre au spécialiste du contentieux administratif de rééditer. "Ma santé ne me permettait plus" affirme t-il avant de conclure qu’il "ne regrette rien" et souhaite sur ces entrefaites "bonne chance à la nouvelle équipe".

Le recteur de l’université de Dschang incriminé a rejeté toutes les accusations. Joint au téléphone par Emergence, Anaclet Fomethe ne se reconnait pas dans ce qui est dit à son sujet. "Le Pr Robert Nkilli est mieux placé pour vous dire ce qui s’est passé" indique t-il. "J’étais à Santchou en tant que président communal pour les investitures de mon parti" ajoute t-il. Très étonné du montant avancé, le recteur s’interroge "à qui les aurais-je donné ? À quoi suis-je candidat ?". Très surpris par ces allégations, le Pr Anaclet Fomethe se souvient, "on s’est battu en 2007 pour arracher la mairie au Sdf. Mon frère et collègue Momo le sait très bien, lui et moi n’avons pas de problème personnel, on s’est vu par la suite et on a discuté". Avant de conclure, "ce sont les conseillers qui ont fait leur liste". A ce dernier sujet, la quasi-totalité du conseil a été reconduit à l’exception de nouveaux devant remplacer les morts, certains démissionnaires, Momo Bernard et le Pr Lékéné Donfack. Cet ancien membre du gouvernement et député sortant, dont le maire lui est très proche, jette aussi l’éponge à tous les niveaux. Alors qu’on le croyait subir des dommages collatéraux, sa sortie était annoncée depuis 4 ans. Joint à son tour au téléphone par Emergence, l’ancien ministre d’Etat bientôt ancien parlementaire dit "vouloir laisser la place aux autres". "Il y a deux positions" indique l’honorable Lékéné Donfack. "Si c’est le droit, j’ai rempli ma mission de député et je crois être même au dessus des attentes". Avant de poursuivre, "si c’est le coté populaire, je crois que j’ai échoué car, je n’avais pas le don d’ubiquité pour être tous les samedis à tous les funérailles, manger la sauce jaune et aider tout le monde. J’ai fait le peu que je pouvais".

La crise de 2010

Si la période d’octobre à décembre 2010 est le repère qui dévoile au grand jour les vrais visages du complot, il faut en réalité dire que les mécontentements sont nés depuis la prise de fonction en 2007. Deux forces ont émergé en fait. Celle des lobbies villageois et celle du monde des affaires. Pour le premier cas, les mécontentements viennent de ceux qui dès l’élection de 2007 étaient pressentis maires titulaires (un adjoint et un conseiller). Car, il faut le dire, personne n’avait vu venir la paire Momo-Lékéné avant le scrutin qui a précédé le vote devant ériger l’exécutif municipal. Dès lors, les velléités électoralistes se sont fondues dans des mécontentements et des rancunes. Pour le deuxième cas, le désir de transparence dans le cadre de la gestion des fonds transmis par Nantes à Dschang dans le cadre de la coopération qui lie les deux villes n’était pas du gout de certaines personnes. Celles-ci aidées par des hommes et femmes d’affaires résidant à Douala et à Yaoundé, ont avec le groupe politique mécontent, dressé des embuches. D’ailleurs, le Dr Momo avait eu l’aval de Jean-Marc Ayrault à l’époque maire-député de Nantes, pour toiletter les accords liant les deux villes. Profitant d’un voyage de travail qu’effectuait le maire en Europe courant octobre 2010, le camp d’en face au cours d’une réunion tenue nuitamment dans une résidence a signé une pétition de destitution, des tracts et des courriers. Ces documents imprimés le lendemain à l’entrée du campus de l’université de Dschang par trois conseillers dissidents selon des sources généralement bien introduites, à été découvert par certains employés qui passaient par là. L’alerte sera donnée et le maire qui a fini par écourter son séjour fut tenu au courant. Ainsi, va commencer une fronde qui va se décliner en une lettre adressée au préfet de l’époque actuel préfet du Wouri demandant la convocation d’une session extraordinaire du conseil municipal avec un seul point à l’ordre du jour : "la destitution du maire". Face au refus de l’autorité qui convoque les textes, l’aile dissidente dont les adjoints au maire vont déserter les bureaux. Malgré les appels au calme et le retour au fonctionnement normal lancé aussi bien par le gouverneur (aujourd’hui gouverneur de l’Est), de jean-Kuété à l’époque vice-premier ministre et même des plus hautes autorités de la République, ils ne décamperont pas, demandant à cor et à cri le départ du maire. Il a fallu attendre début 2011 après moult tractations pour voir les premiers apaisements qui ne sont restés qu’une vue de façade car, ce n’était que partie remise. Cette fois, ça y est, sauf victoire du Sdf, la mairie reviendra aux frondeurs de premier plan. Cependant, à Dschang, les voix s’élèvent pour dénoncer le niveau du prochain exécutif (déjà connu avant l’élection) face aux grands défis qu’imposent la décentralisation et l’atteinte de l’émergence au niveau local.

Paul-Joël Kamtchang

première parution dans le Journal Emergence du 19 Aout 2013

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