Mile sixteen, il est un peu plus de 16h ce lundi 17 février 2014, la vie suit son cours habituel. Le visiteur n’a pas l’impression qu’il est à Buéa, tant le pavoisement de la ville a tout fait d’éviter ce quartier, pourtant situé sur l’axe principal qui mène au centre ville. Juste en contre-bas, à quelques kilomètres, Mutenguéné et Tiko sont aux décors du cinquantenaire. Les bars sont bondés de monde, des petits cars à destination de Limbé et de Douala, créent un désordre urbain. Seul le klaxon des voitures qui veulent se frayer un passage les rappellent à l’ordre. Ici, tout est vieux, les caniveaux n’ont pas été curés, les maisons bordant l’axe principal n’ont pas reçu un coup de peinture comme c’est le cas plus haut. Pas de drapeau accroché au poteau, ou de décor particulier comme c’est le cas au grand carrefour situé à moins de cinq minutes de là, appelé mile seventeen.
Interrogé, les habitants savent que Paul Biya sera à Buéa, mais l’organisation ne les a ni impliqué, ni décoré leur quartier comme ailleurs. " Tout le monde ici sait que quand ce genre de personne arrivée chez nous, tu tentes de t’approcher, tu vas disparaitre", indique Fidelis, assis dans un bar près de la route. Avant de poursuivre, "vous voyez la place de défilé, on chasse les gens là-bas". Comme lui, d’autres admirent les allers et retours des contingents de l’armée de terre, de la garde présidentielle ou de la police. Au-delà de ces propos discriminatoires, les habitants ont déjà trouvé malgré tout, un moyen pour ne pas rater une seule seconde du cinquantenaire qui se déroulera à quelques mètres de leur quartier. "Nous, on préfère rester ici et regarder à la télé", confie, Christelle, tenancière d’un tourne-dos dans le coin. Juste à coté d’elle, un riverain, la cinquantaine sonné, indique que "quand la mairie fait ses pavoisements, même le 20 mai, elle s’arrête à la gare, elle ne vient pas ici".
Selon des témoignages, le coin est majoritairement habité par les originaires de la région du Nord-Ouest. "On vote beaucoup le Sdf ici, c’est là-bas en haut qu’on vote le Rdpc", nous confie Fidelis. "Nous ne savons pas exactement pourquoi on nous marginalise toujours" renchérit l’ami de Fidelis qui depuis le début de la conversation, est plutôt observateur. Cependant, ces habitants se sont réveillés hier avec quelques drapeaux accrochés sur des branches d’arbres ou des poteaux. Cette situation serait consécutive à l’annonce la veille, du passage du chef de l’Etat sur cet axe en provenance de Tiko et à destination de Buéa.