Le Fonds des nations unies pour l’enfance est inquiet au sujet de la situation de l’enfant au Cameroun. Après étude, il constate qu’"une mauvaise nutrition perpétue le cycle de la pauvreté et la malnutrition à travers trois axes". Il s’agit en effet des "pertes directes de productivité dues au mauvais état physique et les pertes causées par les maladies liées à la malnutrition, pertes indirectes du fait d’avoir un pauvre développement cognitif et les pertes en matière de scolarisation, pertes causées par l'augmentation des coûts de santé". L’institution que dirige Félicité Tchibindat la représentante résidente constate que "le Cameroun perd au moins 3% de son produit intérieur brut à cause de la malnutrition, ce qui représente une perte annuelle de plus de 348 milliards de Fcfa". De quoi interpeller la conscience collective.
Autant le dire, cette agence du système des Nations unies confie qu’"un enfant qui souffre de malnutrition chronique court 4.6 fois plus de risque de mourir de diarrhée et 3.2 fois plus de mourir de pneumonie qu’un enfant n’étant pas malnutri". Et de faire observer cliniquement qu’"il aura deux à trois fois plus d’épisodes de maladies, 2 à 3 années de scolarisation en moins, 22 à 45% de pertes de gains économiques individuels". La fille "qui a souffert de malnutrition a plus de risques de donner naissance à un enfant de faible poids (moins de 2, 5 kg) ce qui perpétue le cycle de la pauvreté et 33% (près de 1, 200,000 enfants) d’entre eux seront moins productifs lorsqu’ils auront l’âge d’entrer dans la vie active."
Par ailleurs, l’urgence d’investir afin de "sauver" l’enfant tient du fait qu’" il existe plusieurs formes de malnutrition mais c’elle qui sévit le plus au Cameroun c’est le retard de croissance". D’ailleurs, insiste l’institution onusienne, "la face invisible de la malnutrition, qui se traduit par des enfants trop petits pour leur âge et qui touche plus d’un enfant sur trois de moins de cinq ans dans tout le pays". C’est pour ainsi dire que "le retard de croissance est le reflet du passé nutritionnel d’un enfant au cours des 1.000 premiers jours de sa vie, à savoir depuis sa conception -9 mois, jusqu’à ses 2 ans". Et d’indiquer en fin de compte que "si rien n’est fait pendant cette fenêtre d’opportunité des 1,000 jours, les dommages causés par la malnutrition sont irréversibles".
D’où la nécessité absolue d’agir afin de stopper le phénomène qui croit au fil des jours. Pour ce faire, l’Unicef et ses partenaires clés du gouvernement ont entrepris depuis le 07 novembre dernier, une collecte de fonds. C’est à travers la 1ère édition de Nutrithon qui "vise également à mobiliser les politiques, les décideurs, les bailleurs de fonds, le secteur privé et les citoyens à investir davantage dans la nutrition car investir dans la nutrition est le devoir de tous". Il s’agit "de sensibiliser et d’informer l'opinion publique nationale et la diaspora sur la malnutrition des enfants et sur les conséquences qu’elle engendre, sur leur développement physique et cognitif et sur le développement du pays".
L’usage des fonds
Les fonds récoltés serviront au financement de la fortification à domicile des aliments pour les enfants. Cette stratégie est l’une des interventions les plus efficaces et les moins coûteuses pour réduire l’anémie chez les enfants. Elle consiste à fournir aux enfants de 6 à 23 mois pendant 18 mois tous les 2 jours, un mélange contenant des vitamines et des minéraux qui peuvent être directement ajouté aux aliments préparés à la maison. Ces préparations qui n’altèrent ni le goût ni la couleur des aliments sont appelées poudres des micronutriments et elles contiennent 15 vitamines et minéraux. Afin que l’intervention soit efficace et durable, la distribution de ces poudres qui seront conditionnées dans des sachets individuels sera intégrée dans les services de santé existants et au niveau des communautés. De plus, des actions de communication et de sensibilisation seront associées à cette stratégie de fortification à domicile pour améliorer les bonnes pratiques d’alimentation du jeune enfant et les bonnes pratiques familiales. Ceci contribuera aussi à la lutte contre la malnutrition chronique. Entre 2015 et 2017, il est prévu que 300 000 enfants de 6 à 23 mois bénéficieront de la fortification alimentaire à domicile. Rassurent les organisateurs du tout premier Nutrithon au Cameroun.