Il est un peu plus de 11h ce mercredi. A l’agence centrale de la Compagnie équatoriale pour l’épargne et le crédit connue sous l’abréviation Comeci située au lieu-dit Ancien Dalip à Akwa, l’ambiance est comme d’habitude. Les clients viennent et vont, les filles, jeunes pour la plupart qui reçoivent les usagers devant leur bureau ont pour d’aucunes la tête plongée dans le chéquier et pour d’autres, le pas alerte vers les escaliers qui mène au bureau du chef d’agence d’Akwa.
A la direction générale située au 3ème niveau de cet imposant immeuble, le Dg est à son bureau et prépare les derniers documents de son magistère nous dit-on. Comme d’habitude, le service tourne sans discontinuer avec l’ambiance habituelle entre les collègues, ceux qui viennent pour le change et les employés de la maison qui défilent.
Seulement, certains ne savent pas encore qu’ils auront un nouveau Directeur général dès le 28 janvier prochain à l’issue de la session de l’assemblée générale des actionnaires qui aura lieu ce jour-là. Au cours de la même assemblée générale un nouveau président du conseil d’administration sera désigné et certaines nouvelles figures vont faire leur entrée au conseil d’administration. Si des noms ne filtrent pas, quelques indiscrétions laissent savoir que le choix des actionnaires sera porté sur l’un des directeurs généraux adjoints qui officient dans l’entreprise.
L’entreprise est contrainte de changer de style managérial ainsi que les hommes qui l’incarnent pour des raisons stratégiques a appris Emergence de sources proche de l’entreprise. L’objectif immédiat étant de rétablir les grands équilibres financiers de l’institution qui font encore la fierté de l’industrie de la microfinance de notre pays au regard du nombre de clients de son portefeuille ; mais également, du volume de dépôts mobilisés et des crédits accordés pour financer les micros entrepreneurs à travers le pays. Des sources proches du dossier, le Dg, le Président du Conseil d’Administration et le Commissaire aux comptes actuels ont été suspendus par la Commission bancaire d’Afrique centrale (Cobac) pour une durée de 10 ans pour le premier et 5 ans chacun pour les deux autres. Les deux premiers sont également déchus de leurs fonctions d’Administrateur de la Comeci. De même, les agréments du Dg et du commissaire aux comptes ont été retirés.
Il leur est notamment reproché par le gendarme financier, de n’avoir pas honoré leurs engagements vis-à-vis de l’institution financière qu’ils dirigent. Débiteurs passés en impayés, la Cobac selon les mêmes indiscrétions leur aurait donné 4 ans pour s’acquitter de leurs dettes passés en impayés. Malheureusement après ce délai, force est de constater qu’ils ne l’ont pas fait alors que l’institution est sous surveillance de la Cobac depuis 7 ans.
La gangrene
Le cas Comeci laisse entrevoir le malaise qui sévit dans le secteur de la microfinance au Cameroun. Selon des experts contactés par Emergence des 30 plus grands Etablissements de microfinance (Emf) qui ont pignon sur rue, près d’une dizaine est sous surveillance de la Cobac parfois des années durant. Ces experts font alors noter que des cas comme Cofinest, Crédit du Golfe ne sont que "l’arbre qui cache la forêt".
Selon des constats de la Cobac et des experts du secteur, les dirigeants sont les premiers freins à l’éclosion de ces Emf. "Ils sont les plus gros débiteurs et en raison de leur position, n’honorent pas leurs engagements vis-à-vis de l’institution qu’ils dirigent, plombant ainsi l’entreprise". Ce qui exige un déploiement fréquent de la Cobac dont les équipes viennent régulièrement de Libreville où est situé le siège. A Comeci par exemple nos sources indiquent qu’une mission y séjourne tous les 3 mois.
De l’avis d’un expert proche de l’affaire, "il faut également tirer un coup de chapeau à la Cobac qui a enfin compris que l’administration provisoire n’est pas la solution pour sauver une institution en difficulté". Il poursuit en indiquant que "le fait d’avoir laissé le soin aux dirigeants non compromis de la Comeci de désigner eux même leurs nouveaux dirigeants constitue une approche qui portera ses fruits dans tous les cas".