Il est un peu plus de 10h au Centre médical d’arrondissement (Cma) de Douala 2ème, un patient qui a haussé le ton attire l’attention des usagers. Un taxi qui vient de déposer son fils qui est dans un état critique, ne suscite pas l’attention du personnel hospitalier. Ce tableau est complété par une absence du circuit que le malade doit emprunter jusqu’à la consultation par le médecin dudit centre. Pour cause, pas de service d’accueil, pas de secrétariat, pas d’ampoules en somme le Cma est paralysé et il n y a que "le service minimum".
Ceci est la résultante des remous qui opposent selon des sources généralement bien introduites depuis janvier dernier, le médecin dudit centre, le Dr Ebellé au maire de la commune de Douala 2ème, Me Fampou Denise. Les mêmes sources indiquent qu’après sa prise de fonction en juin 2014, constatant le mode de gestion des fonds, le chef du centre a voulu reformer ce qui lui aurait créé des inimitiés à en croire les témoignages. "C’est la belle sœur du maire qui était le régisseur ici, elle était même la caissière et tout tournait autour d’elle" confie un personnel qui a requis l’anonymat.
D’autres indiquent que 6 mois après sa prise de fonction, le chef de centre a voulu voir clair, mais une recette de l’ordre de 3 190 Fcfa lui a été présentée comme étant ce que le centre à engrangé. Or, les mêmes sources indiquent que "le centre génère en moyenne 300 000 Fcfa par mois", soit une perte seche d’environ 1 millions 800 Fcfa. Ayant constaté, le médecin a demandé de remplacer cette caissière outre le fait que cette gestion n’obéissait pas au canon comptable et financier des structures hospitalières. A savoir que l’argent généré doit être de 3 manières: une partie versée au trésor public, une autre devant constituer le font de roulement et la 3ème pour la quote-part du personnel qui y travaille. "Cependant, le maire a accepté de reployer cette femme et nous a envoyé un nouveau régisseur avec des missions bien précises" a indiqué une indiscrétion qui souligne qu’"elle n’est pas du gout du médécin".
Le berger à la bergère
C’est cette attitude, nous dit-on à la mairie, qui aurait mis le feu aux poudres. "Le médecin a demandé de changé on l’a fait et c’est sur sa proposition que celle-là (le nouveau régisseur Ndlr) a été envoyée et on ne comprend pas pourquoi il se braque" fulmine une des voix les plus autorisées de la mairie qui témoigne sous anonymat pour n’avoir pas reçu d’autorisation du maire.
S’il subsiste une crise mettant en conflit deux modes de gestion différente à savoir les formations hospitalières et l’administration municipale, à la mairie on parle plus "d’incompréhension". Sauf qu’ici, l’hypothèse d’un détournement lié à la gestion avant l’arrivée de l’actuelle chef de centre semble se dessiner. "C’est à l’arrivée du chef de centre que nous nous sommes rendus comptes que les carnets et les reçus qu’on utilisait au centre avait des origines douteuses" confie cette même source. Sauf que, "le même chef qui nous avait suggéré de les retirer du circuit, ne veut pas utiliser les quittances qui ont remplacé ces reçus" d’où les soupçons de détournement qui pèsent cette fois sur le médecin- chef. C’est dans cette foulée qu’il est reproché à ce dernier de multiplier les postes de perception d’argent. D’où l’affectation d’un régisseur des recettes avec pour mission de centraliser celles-ci. Ce que n’entend pas faire ledit médecin qui se sert du modèle d’avant son arrivée. Selon son entourage, "le médecin a ouvert un poste de perception des recettes au niveau de la pharmacie, des consultations et du laboratoire et qu’enfin de chaque journée, nous versions auprès du régisseur affecté par la mairie contre décharge" relate un personnel.
Plus est, le maire a procédé par un acte administratif à la restitution de certains personnels à leur administration d’origine. Sont frappés par cet acte de Denise Fampou, la pharmacienne et le laborantin. Selon l’administration, pour justifier cet acte, ce dernier par exemple "faisait ses examens comme il voulait, les faisait payer à sa guise".
Si l’on peut bien comprendre que le rapprochement entre les Cma et les mairies sont désormais une prescription contenue dans les différents textes sur la décentralisation, il reste à résoudre le véritable conflit de compétence qui peut en résulter. En plus du fait que la gestion des structures hospitalières ne sont pas identiques aux administrations municipales, il y a lieu de revoir les rapports entre les deux institutions mêmes si les Cma sont placés sous l’autorité des mairies, le fait que le chef de centre relève du Ministère de la santé, peut poser un réel problème. Entre temps, ce sont les malades qui trinquent.
Mais à la mairie on est formel, "ce centre est une création de la mairie" tranche Jean-Robert Waffo, 3ème adjoint au Maire de Douala 2ème en charge des recettes.
Paul- Joël Kamtchang